"Nouvelle école", sur Netflix : que vaut ce "The Voice" du rap, avec SCH, Niska et Shay en guise de juges ?

Série-événement, "Nouvelle école" est une sorte de "Nouvelle Star" du rap français. Avec les codes ancestraux des télécrochets, skin hip-hop par-dessus, Paris, Marseille et la Belgique dans le viseur. C'est bien ? On vout dit tout.

"Nouvelle école", sur Netflix : que vaut ce "The Voice" du rap, avec SCH, Niska et Shay en guise de juges ?
©NETFLIX

Mine de rien, c'est un sacré événement. Alors que les télécrochets ont été déclinés à toutes les sauces depuis des décennies, tandis qu'on évalue à la télé la capacité de quidams à concocter des rainbows cakes ou leur habileté à faire griller des merguez , jusqu'à 2022, personne n'avait jugé bon de consacrer à la musique urbaine, pourtant de loin la plus écoutée (et accessoirement la plus génératrice de revenus), un talent-show spécifique. Une sorte de Nouvelle Star, de The Voice, du rap français.

Netflix vient de corriger cette faille, avec la série-télécrochet événement "Nouvelle Ecole", dispo sur la plateforme depuis quelques jours. Adaptation francophone de l'américaine "Rythm+Flow", sur Netflix toujours, elle met en scène trois juges porteurs de drapeau de leur ville ou pays. SCH y incarne le digne représentant de l'école marseillaise du rap (forgée par Akhenaton, IAM et la FF; transmise à Psy4 de la rime et aujourd'hui portée par les Jul, Naps, Soso Maness et SCH, bien entendu). Niska, sa trap et son charo, y est le porte-étendard de la capitale Paris. Et Shay, qui représente la Belgique et Bruxelles en particulier, dont les talents ont ces dernières années inondé le marché français, de Damso à Hamza jusqu'à Romeo Elvis, en passant par les anciens Cab' et Jeanjass, jusqu'à Zwangere Guy ou plus récemment Frenetik.

A qui en douterait : cette triplette artistique, si elle ne représente qu'une petite partie du paysage rap actuel, pèse à elle seule des centaines de milions de streams et quelques dizaines de disques d'or ou de platine.

"Nouvelle école", sur Netflix : que vaut ce "The Voice" du rap, avec SCH, Niska et Shay en guise de juges ?
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Face à eux, se succèdent devant les yeux des téléspectateurs des anonymes, voire des rappeurs/rappeuses qui se sont déjà taillés un petit nom sur la scène underground. Il en va ainsi pour BB Jacques, sorte de fusion entre Niro dans le flow et SCH dans le style, ou du compatriote Fresh (Lapeufra), dont ceux qui vivent à Liège et s'intéressent au hip-hop ont forcément dû croiser l'un ou l'autre son. Auditions, freestyles en groupe, battles 1 VS 1 sauce Rap Contenders ou Word Up, clips, feats : la vingtaine de candidats sélectionnés se mesurera, sous l'oeil des juges, à différentes épreuves . Le but : qu'il n'en reste qu'un à la fin, la "pépite". Qui sera récompensée d'un solide cadeau : 100.000 euros pour lancer sa carrière, en plus de la visibilité majeure que le programme accorde déjà à ses participants.

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"Nouvelle école", ça vaut le coup ?

Première chose à savoir : il ne faut pas spécialement être fan de rap, ni aimer ce style musical pour apprécier le programme. Enfin, ce n'est pas un prérequis, mais c'est tout de même mieux. Les codes, maitrisés de tous, des télécrochets, sont ici suffisants pour s'arrimer au programme. Côté réal, on a droit à de belles images et des variétés de mise en scène (on passe d'une audition sur les toits de Paris à une autre dans une villa luxueuse de Marseille à la cabine d'un studio d'entregistrement ou un parking poisseux).

Truffé d'invités (Isha, Doria, Guy2Bezbar, Soso Maness, L'Algérino,...) dont certains sont particulièrement prestigieux (Dinos, Jul, Youssoupha, Ninho par... FaceTime), le succès d'un programme de ce genre réside dans deux piliers. La variété et la qualité des candidats, ainsi que l'alchimie et la pertinence des juges. Pour le premier point, on y est grosso modo, même si on décèle une inégalité assez frappante puisque se succéderont sur scène des artistes à moitié confirmés versus des quidams absolus, sortis de nulle part (Vink, le "rappeur de la campagne", très loin d'avoir la plus mauvaise plume de l'émission).

Pour le deuxième point, c'est plus discutable. Si SCH transpire l'hospitalité du Sud, la sympathie et la bienveillance avec ses "gâtés" distribués à tout va, si Niska prend plus à coeur son rôle d'arbitre et de critique de ce qu'on lui propose, notre compatriote, Shay, opère parfois des choix déroutants ou hasardeusement défendus ("J'ai grave kiffé"). Si la jolie garçe (c'est le nom de son album, on ne se serait jamais permis) apporte à l'émission son franc-parler, un indéniable magnétisme parfois glacial et des outfits très spectaculaires, elle s'est tout de même obstinée à repêcher un candidat qui s'est malheureusement loupé sur scène, alors qu'elle a snobé Ben Plg, qui, selon nos humbles oreilles, avait kické le couplet le plus solide toutes auditions confondues. Ce dernier vient d'ailleurs de sortir un morceau qui est la suite fictive de son élimination dans Nouvelle Ecole. Shay, petite-fille del'artiste congolais Tabu Ley Rochereau et nièce de Youssoupha, a toutefois le mérite d'assumer et de se battre pour tous ses choix.

Au final, on a droit à un talent-show divertissant, révélateur de personnalités dignes d'intérêt, bien qu'imparfait. Si Validé fut l'événement rapologique télévisuel des années 2020-2021, Nouvelle école, qui aura droit à une deuxième saison (casting ouvert !) est à ce stade, dans le même créneau, celui de 2022. C'est déjà beaucoup.

> Le vainqueur de cette première saison sera connu au terme de la salve d'épisodes qui sortira le 23 juin prochain, sur Netflix.

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