"Mercredi": Tim Burton rencontre la famille Addams chez Netflix

La nouvelle série de Netflix transforme Mercredi Addams en émule d'Harry Potter et d'Agatha Christie.

Alain Lorfèvre
Thing, Jenna Ortega as Wednesday Addams in episode 104 of Wednesday. Cr. Courtesy of Netflix © 2022
La Chose et Mercredi (Jenna Ortega) main dans la main. ©2022 Netflix

Dès les premières minutes, la série Mercredi ne fait pas dans la dentelle. Telle une sociopathe, une adolescente tout de noir vêtue s’avance froidement dans les couloirs colorés d’un lycée Nancy Reagan. Mercredi Addams (Jenna Ortega) veut se venger de ceux qui harcèlent son frère Pugsley. Car, voyez-vous, elle seule a "le droit de le torturer".

Une asociale chez les marginaux

Chez les Addams, la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, mais qui se sert saignant, comme va s'en rendre compte le tourmenteur de Pugsley.

Expulsée de son trop classique lycée, une Mercredi non repentante intègre l’académie Nevermore, réservée aux adolescents marginaux comme elle (et où un certain Edgar Allan Poe a étudié). Ses parents, Gomez et Morticia y ont étudié. Ils ne se sont plus quittés depuis.

Mercredi ne s’y sent pas plus intégrée qu’ailleurs. L’asociale trouve tout aussi idiots les clans que constituent les lycéens selon leurs aptitudes particulières.

Mais son ennui et l’agacement provoqué par sa voisine de chambre, la trop enthousiaste Enid, sont vite détournés par les morts violentes qui se multiplient dans les bois voisins.

Mercredi, qui se rêve romancière, mène l’enquête. Au fil des épisodes (et des morts), elle va découvrir les secrets de Nevermore, de sa famille et le passé violent de la ville voisine de Jericho, fondée au XVIIe siècle par des pèlerins protestants.

Harry Potter chez les freaks

Mercredi, c’est un peu Harry Potter chez les freaks. Ou chez Tim Burton, qui coproduit la série et en réalise les premiers épisodes. La rencontre entre le réalisateur d’Edward aux mains d’argent et la gamine de la Famille Addams semble si naturelle à l'écran qu'on se demande pourquoi elle n’est pas survenue plus tôt.

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Les huit épisodes ne déçoivent pas, moyennant quelques nuances. Comme son titre l’indique, la série est centrée sur Mercredi, non sur la famille Addams, même si Morticia et Gomez, ses parents, y jouent un rôle important.

La dimension fantastique est prépondérante. Mercredi évolue au milieu de vampires, loups-garous, gorgones ou sirènes. Elle se découvre des pouvoirs psychiques.

Si le dénouement de l’intrigue, volontairement tortueuse, se devine rapidement, c’est son cheminement qui est plaisant. La progression des huit épisodes est savamment dosée : les événements qui rythment le semestre scolaire (visite à la ville voisine, compétition entre les élèves, bal) scandent les premiers épisodes tout en étant l’occasion d’événements tragiques.

Le quatrième épisode offre à Mercredi un bienvenu moment d’extériorisation durant le Corb’al (Rave’N en anglais), le bal de promo.

Féministe et jeuniste

La série à tous les atours des productions pour ados en vogue et dont Netflix use et abuse (Sabrina, Umbrella Academy, Teen Wolf, Midnight Club...) : casting multiculturel, rébellion inhérente, ode à la différence… Sans oublier la dimension fantastique, quelques frissons et des intrigues et rivalités amoureuses – autour de Tyler (Hunter Doohan) et Xavier (Percy Hynes White).

Féministe et jeuniste en diable (Mercredi ne s’en laisse pas conter ni par les garçons, ni par les adultes), Mercredi rend son héroïne encore plus moderne et piquante que dans les adaptations précédentes.

L’intrigue en fait, à travers le récit de ses lointaines origines, le prototype même de la sorcière : la femme vouée au bûcher parce que libre et indépendante. Elle fait peur parce qu’elle représente une menace pour l’ordre patriarcal. (Toute ressemblance avec la réalité…)

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Burton et ses comparses s’amusent à régler leurs comptes aux normes sociales de l’Amérique bien pensante ou la vision idéalisée de son passé et de sa fondation – l’épisode 3 où les lycéens visitent le parc d’attractions Pilgrim World est particulièrement savoureux.

La patte de Burton transparaît dans quelques motifs récurrents : l’arbre tordu qui trône au milieu de la cour de Nevermore et l’antre en spirale sortent tout droit de son film Sleepy Hollow.

Casting sans faute

On retrouve aussi le premier rôle féminin du même film, Christina Ricci, qui fut aussi l’interprète de Mercredi dans les deux La Famille Addams de Barry Sonnenfeld.

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Le casting de la série est pratiquement sans faute. Jenna Ortega est une parfaite Mercredi, expressive malgré son visage faussement impassible. Elle est juste dans le moindre pas raide ou le plus subtil frémissement des lèvres. Elle parvient même à traduire la jubilation intérieure de l’ado qui ne sourit jamais.

À ses côtés, Emma Myers est une charmante Enid, voisine de chambre dont l’enthousiasme et l’exubérance cachent un mal-être (sa lycanthropie tarde à se manifester). Gwendoline Christie compose une directrice à la fois impériale et bienveillante, mais pleine de mystère – blonde figure maternelle antithétique à Morticia.

Mercredi/Wednesday. Comédie fantastique – Série crée par Alfred Gough et Miles Millar – Réalisation : Tim Burton (1-4), Gandja Monteiro (5-6), James Marshall (7-8). Avec : Jenna Ortega, Gwendoline Christie, Emma Myers, Hunter Doohan,… Huit épisodes de 48 min. Sur Netflix à partir du 23 novembre.

étoiles Arts Libre cinéma
étoiles Arts Libre cinéma ©LLB

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