"En place" (Netflix) : Zadi, Judor, Foïs et Poelvoorde dans la course à l’Elysée

Deux ans après “Tout simplement noir”, Jean-Pascal Zadi (César du meilleur espoir 2021) signe une série dans la même veine que sa fiction précédente.

Jacques Besnard
L'équipe de campagne du candidat Stéphane Blé (Jean-Pascal Zadi) avec, à sa tête, William Crozon (Eric Judor).
L'équipe de campagne du candidat Stéphane Blé (Jean-Pascal Zadi) avec, à sa tête, William Crozon (Eric Judor). ©Gaël Turpo/Netflix

La France n’a jamais élu un président autre qu’un homme blanc. Il ne faut pas deux minutes de visionnage de la série En Place pour comprendre que ça va changer. À 20 heures, sur le plateau de France 2, lorsque la journaliste Anne-Sophie Lapix dévoile les résultats du premier tour de la présidentielle, deux noms s’affichent devant le drapeau français : Corinne Douanier (Marina Foïs) et Stéphane Blé (Jean-Pascal Zadi). Le premier à être choqué, c’est ce dernier. Trois mois avant, personne ne le connaissait en dehors de son quartier.

Zadi se la joue comme Zelensky

Stéphane (Jean-Pascal Zadi) vient de Bobigny en Seine-Saint-Denis. Animateur, il dédie son temps à l’éducation des jeunes défavorisés. Ce grand échalas est totalement désabusé par le système politique comme beaucoup de Français (pour rappel, le taux d’abstention était de 28 % au deuxième tour de la présidentielle 2022). Alors, le jour où Eric Andrei (Benoît Poelvoorde), le maire de sa ville, vient faire campagne sur ses terres, Stéphane perd ses nerfs. Il n’a pas oublié que le candidat de “gauche” a coupé le budget de son centre d’animation. Devant les caméras et les micros, il interpelle le politicien de carrière en direct : “Ça sert à quoi de se relever les manches, s’il faut baisser son froc ?”

Comme le personnage campé par Volodymyr Zelensky dans Serviteur du peuple, ses punchlines, son honnêteté et sa verve font le buzz, tapent dans l’œil des médias et des citoyens. Le lendemain, un sondage donne Stéphane à 4 %. De quoi attiser l’appétit pour le pouvoir de William Crozon (Eric Judor), directeur de campagne du PS pendant 15 ans, qui le convainc de se lancer dans la course à la présidentielle. “Je veux qu’on soit les nouveaux Barack et Michelle”, s’enthousiasme celui qui se présente comme un descendant d’Aimé Césaire, originaire de Sarcelles. Entre les casseroles, les trahisons, les coups bas des autres candidats, la conquête élyséenne est évidemment semée d’embûches comme la série Canal Baron Noir, dans un tout autre style, l’a déjà ausculté.

Deux ans après son César du meilleur espoir, Jean-Pascal Zadi signe une mini-série comique et sociale dans la même veine que son film précédent : Tout simplement noir. Dans lequel il imaginait, pour rappel, l’organisation d’une grande marche noire à Paris. Il aborde, ici, plusieurs des mêmes thèmes (la diversité, l’invisibilisation des minorités, le communautarisme, le vivre-ensemble, l’ascenseur social en panne, la galère des classes populaires…).

A nouveau, Zadi collectionne les casquettes (auteur, réalisateur, acteur…), réunit plusieurs acteurs déjà présents dans son dernier film (Eric Judor, Fary…), des guests chargés d’incarner leur propre rôle (Anne-Sophie Lapix, Alain Marschall des Grandes Gueules sur RMC…) et garde le même ton potache avec de l’autodérision (autour de sa dentition), son rôle de loser magnifique, des punchlines mâtinées d’un humour absurde et impertinent. Avec, quand même, un arrière-goût de déjà-vu.

La série "En place" sera disponible sur Netflix le 20 janvier.
La série "En place" sera disponible sur Netflix le 20 janvier. ©Netflix

Une fiction inégale

La série est inégale. Parfois, cette sucess-story à la célérité peu crédible, est franchement lourde (vannes sur les handicapés, le gangstérisme de cité mal joué, de gros clichés sur les catholiques et la police, l’humour scatologique…). Un manque de subtilité qui tue dans l’œuf la plupart des scènes potentiellement touchantes.

À d’autres moments, l’écriture est plutôt intelligente et drôle, comme lorsqu’il décortique les rouages du jeu politique et médiatique français, se moque du radicalisme de certains progressistes, se lance dans un freestyle de rap foireux, dénonce subtilement le côté râleur des Français vis-à-vis de leurs dirigeants (”Arrête de me vouvoyer, on se connaît depuis 15 ans”, suivi d’un “Pas la peine de me tutoyer comme ça”), dépeint la poigne de certaines mères africaines. Marina Foïs est excellente en candidate éco-féministe, quand Jean-Pascal Zadi, Eric Judor et Benoît Poelvoorde sont fidèles à eux-mêmes. On aurait aimé, voir davantage Pierre-Emmanuel Barré apparaître à l’écran dans son rôle de politicien d’extrême droite.

Mais Jean-Pascal Zadi et son coscénariste François Uzan (Lupin, Family Business…) ont décidé de verser dans l’optimisme en essayant d’unifier leur pays. Notamment la France des campagnes (comme Orelsan, Zadi a grandi dans un patelin en Normandie) et les banlieues. La dernière scène fait, d’ailleurs, écho à une autre fiction beaucoup plus sombre sortie sur Netflix : Athena de Romain Gavras. Dans En Place, une jeune femme brandit aussi un drapeau tricolore dans une cité. Sur son visage, il n’y a pas de rage affichée, mais un sourire arqué.

”En place” – Comédie sociale de Jean-Pascal Zadi – Scénario : Jean-Pascal Zadi et François Uzan – Avec Jean-Pascal Zadi, Marina Foïs, Eric Judor, Benoît Poelvoorde, Pierre-Emmanuel Barré… Netflix, 6 × 30' dès le 20 janvier.

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