Le 11 septembre 2001, alors que le monde bascule, Jay-Z sort "The Blueprint", considéré comme un classique du hip hop. Le rappeur de Brooklyn avait alors fait appel au jeune Kanye West pour composer la moitié des titres du disque, dont l’iconique "Izzo", qui deviendra l’un de ses plus grands succès. "Un album qui a changé ma vie", reconnaissait quelques mois plus tard Kanye West.

A l’instar de la série documentaire sur Orelsan sortie en octobre dernier sur Prime Video, "Jeen-yuhs", sur Netflix cette fois, montre un Kanye West en toute intimité, alors qu’il tente de lancer sa carrière en solo. A la différence ici que ce n’est pas son frère mais son ami Clarence "Coodie" Simmons qui a choisi de dégainer sa caméra, convaincu qu'il se trouvait face à une star en devenir. Au total, il aura collecté près de 320 heures d'images inédites sur près de 20 ans, ici compilées dans trois épisodes pour une durée totale de 7 heures.

Même si le curseur n'est pas placé aussi haut qu'avec Orelsan, on plonge ici aussi dans le quotidien d’un Kanye persuadé qu’il finira par percer, mais qui se heurte aux refus des maisons de disques de le signer. Cela peut paraître étonnant, lui qui vient justement de collaborer avec Jay-Z sur Blueprint. Il faut dire qu’il vient de Chicago, une ville qui n’a pas la culture de New York (Nas, Jay-Z, Mobb Deep, …) ou de Los Angeles (Dr. Dre, Snoop Dogg, …) pour lancer les jeunes rappeurs. Et que ses qualités derrière le micro ne sautent pas forcément aux yeux. En outre, il ne vient pas non plus "de la rue", mais de la classe moyenne.

Pourtant, le génie est déjà là. Ça sent même bon la nostalgie quand on le voit dans les bureaux de Roc-a-Fella Records pour leur faire écouter "All Falls Down" et qu’il est… interrompu par une assistante en pleine session. Ou lorsqu’il se lance dans un rap aux côtés de Mos Def pour dégainer un "Two Words" improvisé. Deux titres qui entreront au panthéon du rap quelques années plus tard dans "College Dropout", son premier album sorti en 2004.


"Jeen-yuhs" nous offre aussi quelques scènes cocasses, comme quand Pharrell Williams semble presque l’ignorer lorsqu’il se présente à lui ("I’m Kanye West", lui lâche-t-il) dans les loges d’un concert de Jay-Z. Ou lorsqu’il raconte à sa mère comment est né presque par hasard le titre "Izzo" au cours d’une session studio avec ce dernier.

Mais la mini-série de trois épisodes (les deux prochains seront diffusés le 23 février et le 2 mars) montre aussi un visage plus humain et sensible d’un artiste pas toujours compris, surtout connu pour ses dérapages ces dernières années. Lorsqu’il baisse les bras, c’est auprès de sa mère Donda qu’il va trouver du réconfort. Lorsqu’il se fait clasher par Dug Infinite, l'homme qui a cru en lui avant tout le monde, il cache difficilement sa peine. Sa face sombre, comme sa bipolarité, n'a pas encore été abordée dans ce premier épisode.

Polémique autour du film

Par ailleurs, Coodie Simmons et Kanye West se sont éloignés ces dernières années. L'ex-mari de Kim Kardashian avait même publiquement remis en cause le documentaire sur Instagram, demandant à la dernière minute un nouveau montage du film. "J'ai dit à Kanye qu'il devait avoir 100% confiance dans ce film... Il a dit qu'il avait confiance", affirmait Coodie Simmons à l'AFP. "Alors quand j'ai vu son Instagram, j'ai été un peu déçu", lâchait-il. 

Le réalisateur montre dans tous les cas un visage jamais vu de la superstar du rap. "Le monde doit voir ça, ce n'est pas juste une histoire entre Kanye et moi".