Séries Très attendue, la saison 2 de la websérie La Théorie du Y (RTBF) - qui traite de la bisexualité - démarre ce jeudi 17 octobre sur YouTube.

A près la diffusion de la première saison, la RTBF était vite emballée de faire une seconde saison (budget de 200 000 euros, NdlR), confient Caroline Taillet et Martin Landmeters, les deux jeunes réalisateurs de La théorie du Y, websérie inspirée de la pièce de théâtre éponyme. Mais pour être honnête, même si on avait envisagé quelques pistes, on n’avait pas songé à une deuxième saison. La saison 1 s’était faite dans des conditions financières et dans un timing compliqués. Ici, en revanche, on a eu six mois pour écrire, produire, réaliser et monter. Contrairement à la saison 1 faite dans le cadre d’une compétition et donc superficelée au niveau budget, on a pu chercher ici des coproductions."

Même si votre websérie a fait énormément d’audience (plus de 2,5 millions !) et a eu du succès (sept récompenses à l’international), ce n’est pas pour autant le genre de sujet qui est facile à vendre à l’étranger…

"Ben, pour nous, non. On a eu des rendez-vous avec France Télévisions mais cela ne s’est finalement pas fait. En fait, on a eu des problèmes de droits d’auteur sur la musique. La première saison est 100 % RTBF. Et le service public a un contrat avec la Sabam. On pouvait donc utiliser la musique qu’on voulait mais, du coup, c’est invendable après. Il aurait fallu refaire toute la musique… On l’a donc repensée différemment pour la saison 2. On a bossé avec le groupe liégeois Pale Grey qui s’est amusé à faire des reprises pour nous."

Qu’aviez-vous encore à dire sur la bisexualité ?

Caroline : "Comme on avait plus de temps, on a fait pas mal d’interviews de gens qui avaient le même profil que nos personnages afin de s’en inspirer. Car dans la saison 1, cela partait plus de mon vécu et de la pièce que j’ai écrite. Ici, nous n’avions aucune base, il fallait tout réinventer. On avait encore beaucoup de choses à dire sur la bisexualité mais il a fallu trouver des personnes qui avaient le même profil que nos personnages pour avoir des idées."

Comme le développement du personnage de Malik dans cette saison 2 ?

Oui, on avait aussi envie de le creuser. On a interrogé plein de jeunes hommes maghrébins gays pour avancer sur quelque chose qu’on connaît. Cette saison, il y a donc vraiment deux axes : Anna et Malik. On avait encore envie de parler de bisexualité mais plus uniquement celle d’Anna. On a peaufiné un personnage que les gens avaient aimé dans la saison 1 et qui est inspiré d’un ami. Il en existe plein des Malik mais ils restent encore assez invisibilisés."

Plus qu’une websérie, La théorie du Y évoque un véritable sujet de société.

"On a réussi à passer sur la RTBF qui est grand public, un sujet LGBT à travers une personne hétéro à la base, à savoir la bisexualité dont personne ne parlait. Mais il n’y a pas que des femmes bisexuelles, il y a aussi des gays d’origine maghrébine ou des femmes hétéros éternellement célibataires. Ça aussi, c’est un profil qu’on ne montre pas beaucoup, c’est aussi une minorité et une invisibilité. On va donc en parler via le rôle de Lucie."

Avez-vous l’impression que les mentalités changent ?

"Même si ça va mieux, il y a toujours peu de références pour eux. Or, leurs histoires d’amour sont les mêmes que celles des hétéros. Et ça, on n’en parle pas beaucoup. Ça va mieux mais il y a toujours aussi ces clichés dans les films ou séries, comme ce personnage gay qui meurt dans le premier épisode ou qui est le meilleur ami hyperefféminé. Bref, ça avance mais il y a encore du boulot. On a d’ailleurs une anecdote de tournage à ce sujet. On a créé une situation d’homophobie inversée. Deux gays l’insultent parce qu’elle est hétéro. L’acteur maquillé en homo, qui l’est aussi dans la vie, rentre chez lui ce jour-là en gardant son maquillage et il s’est fait insulter dans la rue. Il s’est alors rendu compte de l’utilité de jouer ce genre de rôle."

Pas de tabous alors dans cette nouvelle saison ?

"En termes de sexualité, on va clairement plus loin que dans la saison 1. On montre un peu plus de scènes de sexe même si on ne montre pas de seins car, sur YouTube, on ne peut pas. Il y a eu cette contrainte-là en termes d’écriture, on a dû changer certaines choses. On ne fait pas du gratuit mais bien quelque chose avec un vrai propos. Quand elles sont avec leurs copines hétéros, elles n’osent pas me poser des questions car cela les gêne ou les met mal à l’aise. Il y a un tel un mystère autour de ça."

Si les webséries ont autant le vent en poupe, c’est parce qu’elles sont plus libres ?

"Il y a clairement une liberté de ton, un rythme et un public différent. C’est du web, c’est donc pour les jeunes. Si on l’a créée, c’est parce qu’on a répondu à un appel d’offres et qu’on avait envie de raconter une histoire. La RTBF nous a même poussés à aller plus loin en multipliant les plateformes. La spécificité de la saison 2 est justement la création d’une expo en parallèle. Anna va créer une expo de femmes qui aiment les femmes. On s’est alors dit qu’on allait vraiment le faire vu qu’on le fait pour la série, le but étant de démystifier la sexualité entre deux femmes car il existe encore beaucoup trop de clichés sur la question : ‘qui fait l’homme ?’ ; ‘deux femmes entre elles, ça fait d’office des ciseaux’; ‘utilisent-elles des godemichés ?’ ; ‘font-elles vraiment l’amour ?’. Il est important qu’elles disent leur vérité par rapport à ça. La série est donc une vitrine et l’expo sera l’endroit qui va permettre de rajouter du vrai et du concret."