«Il a été la solution de ma vie»

Propos recueillis par Isabelle Monnart
«Il a été la solution de ma vie»
©DR

David Michel a créé Nestor en 1952. Depuis, ils ne se sont pas quittés
BRUXELLES Faites le test: à la question «Tu te souviens de Nestor», neuf adultes sur dix répondront du tac au tac: «Ben oui, Nestor le pingouin! La pêche aux moules...» Véritable star des petits écrans dans les années 60, 70 et 80, le personnage, né dans l'imagination d'un petit garçon solitaire, a émerveillé des générations de gamins. Et aujourd'hui encore, son créateur et ventriloque David Michel promène sa marionnette et son double aux quatre coins du monde et sur les scènes parisiennes. Paris où il vit et où nous l'avons joint par téléphone...

Comment êtes-vous passé des gags que vous faisiez dans le métro pour amuser vos copains au petit écran qui vous a rendu célèbre?

«Il n'y a qu'une seule manière de se faire repérer, c'est en travaillant beaucoup. Et bien. Un jour, Jean Nohain m'a croisé dans une kermesse, je faisais mes tout premiers spectacles. Il adorait les ventriloques et m'a proposé de faire une télé, une semaine plus tard.»

Nestor existait déjà?

«Oui! Nestor est né il y a très longtemps. En 1952. Au départ, c'était une marionnette complètement bricolée, toute banale. Un bout de drap, un autre de couverture, de la peinture, des ficelles. Pendant des années, je l'ai traînée dans mon pantalon de golf, quand j'étais môme. Et puis un jour, il n'a plus voulu ressembler à un tas de chiffons. Il m'a sommé de le faire devenir un personnage à part entière. On s'est concertés, et nous avons décidé qu'il serait un pingouin.»

La manière dont vous en parlez a un petit côté schizophrène...

«C'est plutôt une maîtrise de la schizophrénie. Cela solutionne toute ma vie. Je suis un enfant du divorce, plutôt seul. J'ai créé Nestor pendant que j'étais chez les jésuites.»

Vous n'avez jamais eu envie de créer d'autres marionnettes?

«Ah, mais j'en ai plein d'autres. Mais ce ne sont que des gadgets pour agrémenter la chambre de Nestor (rires ). J'ai également des marionnettes professionnelles que j'ai créées pour d'autres occasions. Des marques publicitaires, notamment. Ce n'est qu'événementiel. Mais c'est Nestor que le public réclame à cor et à cri.»

Aujourd'hui, les gens qui viennent voir vos spectacles, c'est aussi par nostalgie de leur enfance?

«Ils ne viennent pas voir Nestor et ils tombent sur lui par accident, dans les cabarets où je joue. C'est là qu'ils le redécouvrent et replongent dans leur enfance. Certains sont touchants. Ils me disent qu'ils ont l'impression de serrer la main de leur enfance. Les gens sont souvent surpris parce qu'ils pensent que je suis mort.»

Pourquoi cela?

«Il y a eu toutes sortes de rumeurs quand est mort un journaliste de France 2, qui s'appelait Michel Michel et qui faisait de la ventriloquie en amateur (mais qui était très connu parmi les journalistes). Mon public a pu confondre Michel Michel et David Michel. D'autant que moi, je ne suis pas connu. C'est Nestor qui l'est.»

La ventriloquie a été un moyen de faire dire à Nestor des choses que vous n'auriez pas pu dire?

«Cela permet de se dédouaner, oui. Nestor a été l'un des premiers personnages un peu récurrents en télévision. Il faisait les Guignols de l'info avant l'heure.»

© La Dernière Heure 2003


A l'armée aussi!

BRUXELLES Du petit écran aux scènes des cabarets, la carrière de Nestor, Le pingouin français, est aussi passé par la Belgique... «C'était à l'époque de Chansons à la carte », se souvient le ventriloque. «Et j'y reviendrais bien volontiers. Après être passé chez Jean Nohain, j'ai fait dix ans de formation en cabaret. J'avais été engagé au Moulin Rouge à la même époque, sauf que mes parents, que j'ai retrouvés à l'âge de 16 ans, m'ont dissuadé de le faire, estimant que cela arrivait trop vite. J'ai fait l'armée - avec Nestor, qui faisait bien marrer tout le monde - puis, dans un cabaret, j'ai rencontré Sophie Darel, qui m'a présenté Guy Lux. J'ai été invité très souvent avant d'avoir l'émission du samedi, sur l'ORTF. C'était énorme: je dormais dans le studio, on bossait 20 heures sur 24. C'était une période différente d'aujourd'hui: quand on avait un artiste, on ne le lâchait pas.» Puis un jour, fatigué et en panne d'inspiration, Nestor s'est retiré des étranges lucarnes. «Je suis parti pour faire le tour du monde. J'ai été engagé par le commissariat pour l'Energie atomique qui m'a payé la moitié du voyage. Finalement, avec Nestor, on en a fait trois, de tours du monde...»

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