Chanceux. C’est comme ça qu’Arnaud Binard – alias Franck Roussel dans le téléfilm diffusé ce soir – se définit en ces temps de crise où le travail est venu à manquer cruellement aux acteurs. Car lui, il bosse. Quand nous l’avons joint par téléphone, il était en pleine séance d’essayage de costume pour Mortelles calanques, un autre unitaire tourné en ce moment dans le Sud-Est de la France. “Au sein de la culture, c’est une catastrophe, on ne va pas se raconter d’histoires”, constate-t-il. “Mais nous, dans notre domaine, dans le monde la production de contenu audiovisuel pour les chaînes de télé ou les plateformes, on va dire que c’est reparti. On tourne à nouveau, pour l’instant, tant qu’on nous autorise à le faire. Bien sûr avec des mesures barrière et sanitaires.”

Mais puisqu’au théâtre et au cinéma, la relance est nettement moins facile, tout se rassemble “sur ce segment central, qui est la série, le téléfilm. Du coup, pour les acteurs, il y a une concurrence supérieure. Ceux qui étaient disponibles pour les longs-métrages le sont pour la télévision, idem pour les gens qui étaient au théâtre. Chacun cherche du travail et je me rends compte que j’ai beaucoup de chance de pouvoir travailler.”

Meurtres à Pont-l’Evêque avait, toutefois, été mis en boîte juste avant le confinement du mois de mars. De cette histoire policière (une de plus ?), l’acteur dit qu’elle l’a tenté parce qu’elle était bien écrite, réalisée par Thierry Binisti (qu’il aime beaucoup) et qu’elle lui a permis de retrouver une vieille amie : Élodie Frenck (l’inénarrable Marlène des Petits meurtres d’Agatha Christie). “Je l’aime beaucoup, depuis très longtemps. On s’est toujours plus ou moins retrouvés sur différents projets, même quand on était étudiants en arts, on s’est croisés, on se donnait la réplique. C’est une chouette partenaire”, dit-il.

S’il reconnaît avoir été bien servi ces dernières années (Modern Family, Quartier des banques…), le comédien avoue aussi une certaine impatience, lui, qui, à 49 ans, est entré dans une phase de sa carrière ou, “enfin, les choses ressemblent un peu à ce que je désire.” Il en profite donc du mieux qu’il peut sur le plan artistique. “Je m’implique à fond sur chaque personnage. Ça me permet de me déplacer d’un univers à l’autre”, ajoute-t-il. Enfin ? “Oui, car on est toujours impatient quand on est acteur. Même aujourd’hui, je le suis. J’ai un tournage en projet, j’attends le” go”. On est toujours un peu pris dans ce travers qui veut qu’on regarde toujours devant.

Voici quelques années, pour canaliser cette énergie, mais aussi par désir d’émancipation et d’autonomie, il a créé sa société de production, Atelier K-Plan, à Bordeaux. Une autre, Incendie Films, a suivi quelques années plus tard à Paris. “Je voulais que cette société ait un modèle économique qui me paraissait viable, qui soit plus participatif, collectif. J’ai fondé ma première boîte comme ça, avec des jeunes qui sortaient d’écoles de cinéma. On a acheté du matériel ; ils étaient autonomes et on pouvait produire des contenus directement.” Ce qui l’a amené, notamment, à produire les scènes de surf (sa passion) dans la mini-série La dernière vague. Et, plus récemment, à produire des clips de rap, de pop, d’électro mais aussi un court-métrage avec Lily-Rose Depp et Allyson Paradis.