Désormais tombé en disgrâce, l’ex-fer de lance du rock français est privé de toute activité scénique. Toute tentative de remonter sur les planches se solde par une annulation. Émission Indices lundi à  22h10

Dix-sept ans après la mort tragique de Marie Trintignant le 1er août 2003, l’affaire dite Bertrand Cantat divise toujours. Peut-être même plus aujourd’hui qu’hier. Il y a d’un côté ceux qui estiment que l’ex-chanteur de Noir Désir a payé sa dette après avoir été condamné et avoir purgé sa peine. Qu’il a droit à reprendre une vie normale et donc ses activités artistiques qui étaient jusque-là son gagne-pain. De l’autre, il y a ceux pour qui l’irréparable a été commis. À leurs yeux, il n’y a ni pardon ni retour à la normale possible, le meurtrier n’aura jamais payé assez.

La simple évocation du drame conduit les meilleurs amis du monde à se diviser, parfois même à se déchirer, sur la question. Pour certains, il n’est plus question d’aller voir un concert de Bertrand Cantat. D’autres considèrent qu’il n’a plus à en donner et qu’il doit faire profil bas, si possible disparaître sous terre. Quoi qu’il en soit, la question semble désormais réglée pour un bon bout de temps. La dernière tournée du chanteur a pris fin brutalement un soir de juin 2018, à Bruxelles, au terme d’un concert à l’Ancienne Belgique. Sous la pression exercée par ses opposants, les organisateurs de sa tournée et les exploitants des salles qui devaient l’accueillir ont progressivement baissé pavillon, contraignant l’ex-Noir Dez à mettre prématurément fin à ses dates.

Et son retour sur scène annoncé en octobre dernier, dans le cadre d’un spectacle musical et littéraire coécrit avec le romancier Caryl Férey, a connu le même sort. En quelques heures à peine, ses détracteurs sont parvenus à enterrer l’affaire. La représentation prévue le 31 mars 2020 a été annulée dès le lendemain. Qu’importe diront certains, elle n’aurait finalement pas eu lieu à cause du Covid-19.

Bertrand Cantat, comme ses fans, doit amèrement regretter cette Une des Inrockuptibles du 11 octobre 2017 et ce titre : "Cantat en son nom". C’est en effet cette visibilité médiatique qui a mis le feu aux poudres. Car rappelons-le, ils n’étaient pas nombreux à s’être offusqués de son retour discographique et scénique sous le nom Détroit, sept ans plus tôt, soit dix années après le drame de Vilnius…

Étant donné la tournure des événements, il se pourrait bien que le dernier concert jamais donné par l’ex-chanteur de Noir Désir soit celui de Bruxelles, en 2018. Si cela devait être le cas, ce serait le plus triste des épilogues pour celui qui, avec son premier groupe, a marqué le rock français au fer rouge le temps de six albums studios incandescents et d’une poignée de lives tout aussi brûlants.