Alors que vient de s’ouvrir à Minneapolis le procès Derek Chauvin, ce policier blanc qui, près de neuf minutes durant, a maintenu son genou sur le cou de George Floyd qui suppliait “I cant’breathe” (“Je ne peux pas respirer”), l’entraînant ainsi dans la mort, la RTBF a décidé de chambouler ses programmes et de proposer ce documentaire inédit d’Annebeth Jacobsen. Car le combat qu’il raconte, celui d’une star du football américain, est le même que celui de celles et ceux qui, aujourd’hui, défilent dans les rues américaines pour rappeler que les “Black Lives Matters”, “Les vies des Noirs comptent”. Cet homme s’appelle Colin Kaepernick. Pour certains, c’est un traître ; pour d’autres, un héros. Annebeth Jacobsen, elle, le range clairement dans cette seconde catégorie, en brossant le portrait de cette star qui a sacrifié sa carrière pour lutter contre l’injustice.

Mais avant d’arriver à ce jour de 2016 où, en guise de protestation, Colin Kaepernick, quaterback star des 49ers de San Francisco, a préféré poser un genou à terre plutôt que de chanter l’hymne, la main sur le cœur en regardant le drapeau, la réalisatrice retrace le parcours de ce (très) grand joueur, arrivé au sommet à la force d’un mental d’acier… et grâce à une famille aimante.

Adopté alors qu’il n’est encore qu’un nourrisson, il rejoint la famille de Rick et Teresa Kaepernick. Installée à Turlock, en Californie, la tribu l’accueille immédiatement comme un membre à part entière. Mais à l’école et même dans les rues de la petite ville, Colin détonne : il est l’un des rares métis au milieu des blancs. Pour autant, il est intégré et est même l’un des meilleurs étudiants de son année, ce qui lui vaut de rejoindre le programme des” étudiants talentueux”. En sport aussi, Colin excelle. Basket, base-ball et, bien sûr, football américain. Bien qu’il n’ait pas le physique de l’emploi – il est très grand et mince -, c’est sur cette voie qu’il veut poursuivre. D’abord recruté par l’entraîneur historique du Wolf Pack du Nevada, Chris Ault (qui témoigne dans ce documentaire), il est repéré, ensuite, par le 49ers de San Francisco. Pour lui qui a pris en masse et en rapidité, c’est un rêve qui devient réalité. Et, dès sa première saison, le surdoué va mener son équipe jusqu’en finale du Superbowl.

En sa qualité de quaterback, c’est lui qui, après les matchs, répond aux questions de la presse. Mais il est maladroit, parle peu et se contente de réponses laconiques. Ce qui donne de lui l’image d’un garçon froid, voire prétentieux. Dans les vestiaires, Colin lit. Des livres d’Histoire, sur la condition des Noirs aux États-Unis et, peu à peu, sa conscience politique s’éveille. Ce qui n’était, jusque-là, qu’une sensation – celle de la différence, vécue dans l’enfance – va devenir un combat.

En 2016, à plusieurs reprises, il préfère rester assis sur le banc plutôt que de rejoindre ses coéquipiers lors de l’hymne national. Il s’en explique, à la télévision. “Je ne peux pas me regarder dans le miroir et voir d’autres personnes mourir dans la rue, qui auraient mérité les mêmes chances que moi”, dit-il.

Le 1er septembre, il pose un genou à terre, avec son coéquipier, Eric Reid. Ce geste va devenir un symbole et va être reproduit un peu partout dans le monde, chez les sportifs, les artistes.

En parallèle à la vie de Colin Kaepernick, Annebeth Jacobsen déroule le fil des agressions commises par des policiers contre des Afro-Américains et égrène le nom des morts. Le combat d’un homme est devenu celui de milliers, qui défilent toujours, cinq ans plus tard, avec les mêmes slogans. “Black Lives Matter”. Colin, lui, a quitté les terrains, au terme d’un procès qui l’a opposé à la NFL (National Football League). Il a prêté son visage à une campagne de la marque Nike qui dit : “Crois en quelque chose, même si pour cela tu dois tout sacrifier”. Il en est l’incarnation même.