Quatre-vingts minutes pour (tenter de) comprendre la folle épopée de l’un des hommes les plus puissants du monde. L’affaire Carlos Ghosn, les dessous d’une grande évasion  ( 20.25 ce lundi sur La Deux)

C’est une histoire proprement abracadabrante. Une évasion digne d’un James Bond, un scénario que, même à Hollywood, on aurait jugé un peu "too much".

Et pourtant, c’est (on le suppose, puisqu’on n’a jamais eu le fin mot de l’histoire) celui que Carlos Ghosn, aidé de quelques barbouzes, a imaginé pour fuir le Japon où il vivait en attente de son procès. Le 29 décembre 2019, alors qu’il est assigné à résidence à Tokyo, le tout-puissant PDG du groupe Renault-Nissan se fait la malle. Au sens propre comme au sens figuré. À grands coups de reconstitutions, c’est cette folle évasion que nous donne à voir le documentaire de Lisa Brunet et Adrien Cadorel. Des images entrelardées de témoignages de journalistes qui ont suivi l’affaire, mais également de publicitaires (dont l’inénarrable Jacques Séguéla) et complétées d’images d’archives.

Car si c’est bien le récit de l’évasion qui est au centre du propos, pour la comprendre, il faut remonter le cours du temps et s’intéresser à l’homme, à son histoire et à son entourage.

Avant de devenir l’un des patrons les plus puissants de la planète, Carlos Ghosn, né au Brésil en 1954 dans une famille d’origine libanaise, est un étudiant brillant, un scout engagé, plein d’idéaux. Lesquels prennent du plomb dans l’aile quand il découvre que son père, membre d’une organisation criminelle (qui donne, sans doute, dans le trafic de diamants) est impliqué dans la mort d’un homme. Emprisonné puis libéré, le paternel retourne au Brésil. Carlos ne le reverra jamais. De quoi vous hanter longtemps, en particulier quand on se retrouve soi-même derrière les barreaux…

La suite du parcours de Ghosn est connue : polytechnique, école des Mines, puis le groupe Michelin dont il gravit les échelons. Quand il comprend qu’il n’en prendra jamais la tête - puisqu’il s’agit d’une entreprise familiale -, il intègre la "famille" Renault où Louis Schweitzer le prend sous son aile en lui demandant l’impossible : redresser Nissan, marque japonaise qui prend l’eau de toutes parts. Carlos va s’acquitter du job avec une incroyable célérité qui lui vaudra d’être détesté par les Japonais. Il licencie à tour de bras mais les résultats sont là : le constructeur automobile reprend de sa superbe et, bientôt, surpasse Renault. D’ennemi dans le cœur des Nippons, il devient un héros. Un manga racontant son histoire est même publié…

En 2009, ça y est, Carlos Ghosn accède au Graal : il prend la direction du groupe. Et c’est là, selon certains témoins, que l’affaire dérape. Car l’homme, à l’instar de Louis XIV qui aimait à dire "L’État, c’est moi", tend à penser que Renault, c’est lui.

Dans le collimateur de la justice, au Pays du Soleil Levant, il est arrêté le 19 novembre 2018, lors de son arrivée à l’aéroport. Un seul chef d’accusation, dans un premier temps. Mais au fil des semaines, les charges s’accumulent. Tout a été mis en scène pour que, dès l’arrivée de Ghosn sur le tarmac, il soit considéré comme coupable. Après 130 jours en prison, et grâce à une caution de 12 millions, il est "libéré" et placé en résidence surveillée. Pendant des mois. Malgré le fait qu’il vit coupé du monde, qu’il n’a accès à internet que depuis chez ses avocats, qu’il ne peut contacter qu’un nombre restreint de personnes, il réfléchit à un plan d’évasion. Car s’il veut retrouver sa liberté, l’homme d’affaires veut surtout retrouver Carole, sa femme. Un an et un mois après son arrestation, il grimpe dans une malle, chargée dans un jet privé direction Beyrouth.