New York, 1870. Au cœur de la bonne société, un jeune et talentueux avocat, Newland Archer (Daniel Day-Lewis), s’apprête à prendre pour épouse la ravissante (et un peu naïve) May Welland (Winona Ryder). Lors de traditionnel bal de l’Opéra, qui réunit tous ceux qui comptent, la promise demande à son futur mari de surveiller le comportement de sa cousine, la Comtesse Olenska (Michelle Pfeiffer), récemment rentrée d’Europe suite à la débâcle de son mariage. Mais, pour paraphraser Simone Signoret évoquant Marilyn Monroe, quel homme ne tomberait pas amoureux de… la blonde et évanescente Michelle ?

C’est ce qui va arriver à Archer, pris dans le tourbillon de ses conversations avec la très libre Comtesse, à mille lieues de sa très sage fiancée.

Après y avoir tourné Les affranchis (et avant d’y tourner Gangs of New York), Martin Scorsese réinvestit donc la Grosse Pomme, son terrain de jeu de prédilection, pour y filmer cette adaptation de l’œuvre d’Edith Wharton, prix Pulitzer pour Le temps de l’innocence.

Si la violence y est moins frontale que dans certains de ses autres films, tout se joue ici sur un autre terrain. Les individus sont anesthésiés par le poison des commérages et broyés par la rigidité des conventions. Comme ils l’étaient dans ce livre, un peu passé de mode (soyons honnêtes) mais auquel le film va redonner un second souffle.

Première femme à être couronnée par le fameux Pulitzer (en 1921), l’auteur a 58 ans quand son texte paraît. Ce monde qu’elle décrit, elle le connaît bien, elle qui est née dans une famille appartenant à la haute société new-yorkaise. Très jeune, Edith Newbold Jones se passionne pour la littérature et l’écriture. Nouvelles, poèmes, elle noircit du papier et tant pis si elle est éditée à compte d’auteur ; au moins, elle est lue.

À 23 ans, elle épouse Edward Robin Wharton qui, certes, est issu du même milieu qu’elle mais avec lequel elle ne partage rien. “Tobby” a douze ans de plus qu’elle, ne s’intéresse pas à l’art et n’a rien d’un intellectuel. Résultat : ils divorcent en 1913, après qu’il l’ait abondamment cocufiée.

Au fil des années, notamment celles qu’elle passe en France, la romancière se lie d’amitié avec de nombreux écrivains, notamment Paul Bourget, Anna de Noailles, André Gide, Jean Cocteau.

Pendant la Première guerre mondiale, soucieuse de donner son temps (et de son argent) à la bonne cause, elle crée les “American Hostels for Refugees”.

Tout en collectant des fonds, elle rend également visite aux blessés, dans les hôpitaux. Les récits de ses visites seront d’ailleurs publiés dans un recueil intitulé La France en Guerre (Fighting France : From Dunkerque to Belfort). Elle sera décorée de la Légion d’honneur.

Edith Wharton succombera à une crise cardiaque, en août 1937, à l’âge de 75 ans. Elle est enterrée à Versailles.