Jean-Pierre Foucault s’installe dans le divan rouge de Michel Drucker. Un événement pour la dernière. Interview exclusive.

Le quotidien de Jean-Pierre Foucault est ensoleillé. Et il veut que ça le reste. Alors, l’animateur culte a trouvé un nouveau rythme de vie : il prend le temps de savourer sa vue sur mer ( "calme et bleue" , nous détaille-t-il au bout du fil) entre ses interventions, devenues presque événementielles, sur TF1... Même si ce dimanche, il fera des infidélités à la chaîne de son cœur, pour retrouver un autre grand dinosaure, Michel Drucker sur France 2. "C’est beaucoup d’honneur qu’il me fait ", nous dit, de son accent chantant, un Jean-Pierre Foucault à l’humilité déroutante (il répète "mesurer la chance" qu’il a eue). "Michel m’en parlait depuis très très longtemps. On a saisi l’occasion de ces 50 ans de carrière - puisque j’ai commencé en radio quasiment jour pour jour en juin 1966 - et le retrait de mes activités radiophoniques. Et, d’autre part, il s’agira ce dimanche de la dernière émission de Michel sous cette forme."

Mais il n’a pas dit son "dernier mot… Jean-Pierre".

Vous est-il arrivé, au cours de votre carrière, de vous demander ce que vous feriez si tout s’arrêtait ?

"Toujours ! À la fin de Sacrée soiré e, qui a été important dans ma vie professionnelle, je me suis demandé ce que j’allais faire. J’avais toujours la radio en parallèle. Mais si ça s’était arrêté, mon rêve - mais je n’ai pas fait les études pour - aurait été de faire un métier de parole. C’est mon métier de parler. Gamin, je voulais être avocat. C’est peut-être ça que j’aurais souhaité faire. C’est ça aussi la chance : quand on a l’impression que tout s’arrête, y’a un petit coup de pouce qui arrive. C’est comme ça que d’émission en émission, j’ai pu tenir 50 ans."

Aujourd’hui, qu’est-ce qui fait un bon animateur ?

"Je ne sais pas. On se posait la question avec Michel Drucker et William Leymergie. S’il y avait un livre de recettes, on l’appliquerait et on serait tous premiers ! Nous, on vient d’une autre génération… Alors, je ne dis pas que c’était plus facile, mais disons que les opportunités étaient plus nombreuses. Aujourd’hui, j’ai du mal à imaginer - mais je peux me tromper - que mes collègues à l’antenne vont pouvoir fêter leur jubilé de carrière. Tout va trop vite. On ne laisse pas le temps. C’est un peu dommage. Il y a le jeunisme qui frappe de plein fouet à la télévision."

Et ça vous a fait peur?

"Franchement, non. J’ai tellement été servi et gâté que ceux qui arrivent et parlent de jeunisme aujourd’hui, ça m’importe peu. J’ai pris la décision de quitter la radio : personne ne l’a prise à ma place! Ce n’est pas très grave. Le jeunisme, c’est pour certains de pouvoir communiquer facilement. Franchement, est-ce qu’à France Télévisions, la priorité des priorités était d’enlever Julien Lepers ? Quand vous arrivez à la tête d’un immense groupe de télé, votre première décision est celle-là ? Il y a d’autres priorités que de s’occuper du jeunisme… Il y a la qualité du programme. Un animateur ne suffit plus pour drainer un public, il faut un bon concept. Plutôt que de mettre un jeune présentateur à la tête d’un vieux concept....Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne… En tout cas, le public n’est pas dupe."

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer la télé ?

"Pas la peur de m’ennuyer mais la peur d’être comme certaines de mes relations qui n’ont pas grand-chose à faire et de dire : ‘à midi on va prendre l’apéro et à 18h on va prendre l’apéro ! ’ J’ai autre chose à faire que de n’avoir que ces deux rendez-vous - importants pour eux - dans la vie ! (rires) J’ai besoin de retourner de temps en temps à Paris et d’avoir quelques activités télévisuelles. Et le jour où la télé et le public ne voudront plus de moi, je m’arrêterai en ayant la conscience tranquille car j’aurai été gâté pendant très longtemps."


"Aujourd’hui, je suis vraiment bien chez moi"

Vous nous parliez de William Leymergie et Michel Drucker : ce sont des personnes que vous voyez souvent ?

"Non, de temps en temps. On s’apprécie mais on ne se voit pas énormément. On n’est pas amis dans la vie… Pas au sens étymologique de terme, pas comme mon meilleur ami qui habite à côté de chez moi. Mais nous sommes en très, très bonnes relations. On a la même conception de la vie professionnelle."

Des amis dans ce milieu, ça existe réellement ?

"Ça doit exister. Mais comme tout va très vite… Quand je recevais un invité sur le plateau, il partait; moi, je restais pour recevoir un autre. Des liens n’ont pas véritablement le temps de se créer. On s’apprécie, cependant. Si Patrick Bruel a souhaité venir à mon  Vivement Dimanche , c’est parce qu’il m’apprécie, je pense  (rires).  Mais des amitiés, non. À part avec Gérard Louvin, avec qui j’ai travaillé pendant 15 ans. En fait, j’ai de bons copains et je m’entends très bien avec plein de gens."

Pourquoi avez-vous pris cette décision d’arrêter la radio il y a quelques semaines ?

"D’abord, parce que je m’amusais moins. Ensuite, j’ai profité du fait que je faisais partie de l’émission de Cyril Hanouna ( Les pieds dans le plat  sur Europe 1) qui s’arrêtait pour arrêter. Je n’allais pas repartir à mon âge (68 ans) à la course, en allant voir toutes les radios pour dire  ‘Et moi, et moi ?’  Et puis, il faut peut-être vivre différemment aussi !"

Aujourd’hui, c’est là, chez vous, dans le sud de la France, que vous vous sentez le mieux ou c’est sur un plateau de télé ?

"Ce sont deux choses différentes. J’avoue qu’il y a quelques années j’aurais peut-être dit le plateau télé. J’avoue qu’aujourd’hui je suis vraiment bien ici. Franchement."