Ces dernières années en sont la preuve : la Belgique est un véritable vivier de séries de qualité. À La Trêve, Unité 42 ou encore Ennemi Public s’ajoute désormais Invisible, la première du genre fantastique estampillée “made in Belgium”. Celle-ci raconte comment, en une dizaine de jours, les habitants de Creux sont confrontés à un phénomène mystérieux, une sorte d’épidémie qui rend peu à peu les gens invisibles.

Fantastique mais réaliste

Créée par Marie Enthoven, la série ne se veut pas du genre Marvel. “Avant d’écrire l’histoire d’Invisible, j’ai regardé ce qui s’était déjà fait autour sur le sujet. On parlait beaucoup de super-héros et de pouvoirs magiques. J’ai eu l’impression que l’invisibilité n’avait jamais été traitée avec une vraie sincérité humaine”, explique la créatrice. “Personnellement, j’ai toujours eu besoin qu’on me regarde dans les yeux quand on me parle. Je m’imaginais donc ce que c’était que d’être invisible et d’être privée de ce moment où les gens qu’on aime ne peuvent plus nous regarder dans les yeux et nous voir tout simplement.

Derrière cette question se cache une autre, point de départ de la ligne narrative d’Invisible. “Un couple de médecin va être confronté à ce phénomène. La femme, qui est également l’héroïne, continue à voir l’être comme il est malgré l’invisibilité. L’homme, lui, y voit une opportunité de gloire”, explique-t-elle. “On se demande donc si ce n’est pas nous qui avons finalement perdu notre capacité de voir et surtout de voir l’autre comme il est.”

Sans intention de le prédire, Invisible évoque, en quelque sorte, une situation pandémique qui nous est, depuis des mois, familière, celle du Covid-19. “On se rend compte que la série se rapproche, au fur et à mesure des épisodes, de ce que l’on vit dans la réalité. C’est un peu le rôle des séries de chercher ce qui nous préoccupe avant que ce ne soit vraiment vécu”, explique Sylvie Coquart-Morel, Responsable de la Fiction à la RTBF.

Singularité et belgitude

Avec Invisible, le service public voyait un bon moyen de toucher le large public de La Une. “La question de base est très intéressante. La série touche l’humain et réveille des sentiments universels”, explique-t-elle. “Invisible a également fait la différence par sa singularité et sa belgitude. Tout dans cette série est belge, de l’équipe technique aux comédiens en passant par la musique.

Quand on croit en un projet, on y met les moyens. Effets spéciaux obligent, Invisible a coûté bien plus cher que les précédentes séries belges. “On est dans une fourchette de 380 000 à 400 000 euros par épisode”, précise Sylvie Coquart-Morel. Soit bien plus que les 275 000 euros et 330 000 euros octroyés, respectivement, aux premières saisons de La Trêve, en 2015, et d’Unité 42, en 2017.

Les comédiens ont tourné… nus !

Le vrai challenge de cette série était de montrer l’invisibilité à l’écran avec le budget imparti. Un travail réalisé en collaboration avec le studio d’effets spéciaux belge Benuts. “Dans la série, lorsque l’on voit une personne invisible, celle-ci est toujours nue. Pour chaque scène, nous devions donc toujours faire trois fois les mêmes plans parce que le personnage invisible est parfois visible mais seulement aux yeux du téléspectateur. On tournait donc sans personnage mais avec une voix off, avec des combinaisons vertes et, enfin, avec le personnage visible et nu. Quand on tournait en pleine ville, on était obligé de mettre des espèces de faux murs autour des comédiens pour tourner afin que les passants ne les voient pas nus”, explique Annabella Nezri, productrice d’Invisible, qui ajoute que tourner sans vêtements en plein hiver n’a pas été une mince affaire pour les comédiens. “Ceux qui devaient tourner nus ont suivi une formation lors de laquelle ils sont rentrés dans des bassines d’eau gelée et y ont fait un travail de respiration afin que leur corps s’adapte à la température. Lors du tournage, une infirmière prenait sans cesse leur température pour être sûre qu’ils ne tombent pas malades !”

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