Maître corbeau, sur son arbre perché, tenait dans son bec un fromage. Maître renard, par l’odeur alléché, lui tint à peu près ce langage…” Qui n’a en tête les premières phrases de cette fable de La Fontaine, apprises par cœur par des centaines de milliers d’écoliers, au fil des siècles ? Mais qui sait l’homme que fut Jean de La Fontaine, né à Chateau-Thierry le 8 juillet 1621 et mort à Paris le 13 avril 1695 ? C’est pour mieux connaître cet “homme à fables” que Stéphane Bern nous prend par la main, ce soir, dans Secrets d’histoire. Sur les traces de celui qui fut le protégé de Nicolas Fouquet, qui connût les fastes de la cour, mais finit par mourir seul et ruiné, heureusement accueilli par les quelques amis qui lui restaient, à l’heure de sa dernière heure…

Direction Vaux-le-Vicomte, le prestigieux château du ministre de Louis XIV, où le talent de La Fontaine va pouvoir se montrer au grand jour, après des années passées à écrire dans une certaine forme d’anonymat.

Le présentateur déambule dans ce qui préfigure Versailles et qui vaudra à son propriétaire, Fouquet, d’être écarté du pouvoir et, plus tard, emprisonné. Car on ne fait pas impunément de l’ombre au Roi Soleil. Et le surintendant des Finances était bien trop envahissant et trop riche pour rester sur son “trône”.

C’est pourtant là que tout commence vraiment pour Jean de La Fontaine qui, après un court séjour au séminaire, décide d’entreprendre à Paris des études de droit. Il fréquente aussi (et surtout) une bande de jeunes poètes, les Chevaliers de la table ronde, avec lesquels il refait le monde.

Marié à Marie Héricart – un très bon parti – l’écrivain multiplie pourtant les conquêtes, sa plume lui servant de sésame dans le cœur de ces dames. C’est d’ailleurs après avoir obtenu la séparation des biens, en 1658, qu’il rencontre Nicolas Fouquet, qui va devenir son protecteur et “lancer sa carrière”, comme l’on dirait aujourd’hui. Grâce à un poème épique, Adonis, il entre dans ses “petits papiers”. Il signe avec lui un contrat de “pension poétique”, lui fournissant des textes pour son plus grand plaisir.

Lors de l’arrestation de Fouquet, il entre au service de la duchesse de Bouillon et de la duchesse douairière d’Orléans. Un “boulot” qui ne le satisfait pas mais qui lui permet d’assurer son anoblissement. C’est en 1668 qu’il publie son recueil de Fables choisies et mises en vers, dédiées au Dauphin.

Mais ce ne sera pas là, tant s’en faut, la seule production – même si elle demeure la plus connue – de l’écrivain. Il écrira également de très nombreux contes, s’essaiera à l’opéra et sera élu, en 1684, à l’Académie Française. C’est d’ailleurs l’un de ses représentants d’aujourd’hui, Erik Orsenna, qui a pour lui les mots les plus justes et les plus touchants de cette longue émission, qui ne passe sous silence aucun des aspects de la vie de l’auteur.

En 1682, Jean de La Fontaine tombe malade, probablement de la tuberculose. Il meurt trois ans plus tard, n’omettant pas de laisser sa propre épitaphe : “Jean s’en alla comme il était venu, Mangeant son fonds après son revenu ; Croyant la bien chose peu nécessaire. Quant à son temps, bien sut le dispenser : Deux parts en fit, dont il souloit passer. L’une à dormir, et l’autre à ne rien faire.