Ce vendredi 16 avril, France 3 rend hommage à Jean Ferrat disparu il y a 11 ans, le 13 mars 2010. La chaîne propose un documentaire consacré au chanteur, signé Philippe Kohly, un spécialiste du genre. On lui doit plusieurs portraits de vedettes dont ceux de Jacques Brel, Lino Ventura, Line Renaud, Edith Piaf, la Callas, Alain Delon ou Marlon Brando. À grand renfort d’images d’archives et de témoignages de proches, le réalisateur s’attache à retracer le destin très singulier de cette grande voix de la chanson française.

Jean Ferrat, c’était une voix d’or, un mélodiste hors pair et des textes aux mots savamment choisis pour transmettre des émotions fortes. De ses débuts en 1960, il a rapidement balayé l’image de chanteur de charme qui semblait lui être dévolue après ses deux premiers albums sur lesquels se trouvent notamment “Ma Môme” et “Deux enfants au soleil”.

Avec “Nuit et brouillard”, son troisième 33 tours, il casse cette étiquette en étant l’un des premiers à oser chanter les sinistres camps de la mort de la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Et il sait de quoi il parle, lui dont le père, russe et juif ayant rejoint la France en 1905, est mort en déportation. Il l’évoque dans une archive filmée retrouvée par Philippe Kohly. Le document est tout sauf anodin. En effet, Jean Ferrat s’est rarement épanché sur son destin en dehors de ses chansons. Derrière le demi-sourire qui semblait résolument accroché à son visage se cachait un taiseux, un homme secret.

Ceux qui connaissent l’œuvre aimeront apprendre comment Jean Tenenbaum, né à Vaucresson le 26 décembre 1930, est devenu Jean Ferrat. Le documentaire revient sur la jeunesse du chanteur. À Versailles d’abord, puis à Font-Romeu, dans les Pyrénées, planqué par des résistants communistes pour fuir la Gestapo. Toute sa vie durant, il soutiendra le Parti communiste français, jusqu’à ce que ses espoirs d’une société plus égalitaire s’effondrent avec la chute du mur de Berlin et la désintégration de l’empire soviétique. Il ne manquera pas non plus de tailler un costume aux dérives quand l’occasion se présente, comme dans “Le bilan”, titre dans lequel il dénonce les purges staliniennes.

Il est aussi question de sa conscience sociale née lorsqu’à 17 ans il commence à travailler à l’usine. Son répertoire en porte les traces. Comme il porte aussi les stigmates de ces autres drames qui ont jalonné sa vie, dont la descente aux enfers et la mort de sa femme Christine. Il en a tiré des titres gravés dans la mémoire collective : “Potemkine”, “Camarade”, Que serais-je sans toi”, “Aimer à en perdre la raison”, “La femme est l’avenir de l’homme”, etc.