Il est 14 h 15, Jean-Pierre Pernaut craque au moment de rendre l’antenne, en remerciant sa mère,qui, trente années durant, n’a pas manqué une seule des éditions du JT de 13 heures qu’il a présenté. La voix dérape, les larmes coulent. "Je vous aime et je ne vous oublierai jamais", dit-il aux téléspectateurs. Mais le présentateur se reprend très vite pour transmettre le témoin à Marie-Sophie Lacarrau qui, à partir du 4 janvier, reprendra les commandes du JT de la mi-journée le plus regardé de France.

Après 33 années à la tête du rendez-vous, 7000 JT et 4500 heures d’antenne, JP comme on le surnomme, quitte le plateau de TF1 au terme d’une édition spéciale du 13 heures rebaptisée à juste titre Le 13 heures de Jean-Pierre Pernault. Une grosse dizaine de minutes de sujets d’actualité – Noël, Macron et le Covid, Miss France – et puis, l’inconnu . “Je ne sais rien de ce qui va se passer jusqu’à 14 h 15, de ce que les équipes ont préparé”, dit-il en prenant l’antenne après avoir souligné la beauté du générique annonçant les infos.

Le patrimoine, c'est lui

L’actu, ce vendredi 18 décembre 2020, sur TF1, c’est le départ de Jean-Pierre Pernaut du fauteuil de présentateur. Le premier sujet donne le ton avec une boule de Noël à son image. La suite, ce sera à la bonne franquette, comme la recette de ce 13 heures savamment mitonnée depuis des décennies. Il y aura des régions, des accents, des remerciements, d’innombrables hommages. C’est Jean-Pierre Pernaut, sa vie, son œuvre.

Too much ? Peut-être aux yeux de ses détracteurs. Mais il faut reconnaître qu’avec on départ, c’est une page de l’histoire de la télévision qui s’est tournée aujourd’hui. Car JP, avec son 13 heures, a créé quelque chose, innové. C’est un pionnier de la télévision qui a élaboré un concept qui a fait ses preuves. Les équipes de correspondants régionaux, c’est lui, le côté magazine du 13 heures, c’est lui, la proximité, c’est lui. Jean-Pierre Pernaut, “c’est la vraie France déclare un inconditionnel du 13 heures de TF1. Ce n’est pas la vie de Paris”. Il humait l’air du temps, prenait le pouls des Français, révélant leurs régions, leur patrimoine sous tous ses aspects. “C’est lui le patrimoine”, lâche un autre, tandis qu’un troisième de ses téléspectateurs conclut : “Tout le monde se reconnaît en Jean-Pierre Pernaut”. Difficile de faire plus bel hommage.

Le patron jusqu'à la dernière seconde

Mais ce qui force le respect dans cette édition spéciale du 13 heures de TF1, c’est le professionnalisme de JP. Il a beau dire qu’il ne sait pas ce qu’il attend et donc d’être à la merci des surprises qui lui ont été concoctées, le vrai patron sur le plateau c’est lui. Ni Anne-Claire Coudray ni Gilles Pelisson appelés à présenter la chose. Un boss célébré par toutes ces équipes. Il est impressionnant de constater que les plus émus, à ce moment de l’émission, c’étaient tous les correspondants qui défilaient à l’écran pour saluer le boss avec respect et tendresse, amour parfois même, et le travail effectué ensemble. À les voir et à les entendre, l’expression famille du 13 heures prend tout son sens. Lui, connaît tout le monde par son nom et son prénom. Il se souvient même de quel cameraman a pris quelles images, quand… Et ce, semble-t-il, quel que soit l’année. Chapeau !


L'homme en bleu

Passée faire un coucou en vitesse avant de rejoindre les Miss en lice pour Miss France, Nathalie Marquay a fait sa première apparition, avec enfants et petit-enfant, sur le plateau de TF1 où son mari a usé ses pantalons. Elle en a aussi profité pour ouvrir les armoires du présentateur pour bien montrer qu’en dehors du bleu, il n’y a pas de place pour une autre couleur… depuis 33 ans au moins. Un brin plus taquine, c’est probablement aussi elle qui a glissé dans les mains des équipes de JP cette photo de lui en caleçon à un balcon, celle avec une coupe de cheveux que n’aurait pas renié Dick Rivers ou encore ce short en jean délavé et troué qui habillait son mari lorsqu’il présentait le 13 heures de chez lui pendant le confinement. “Vous avez cassé le mythe” s’amuse l’intéressé.

La fête à JP s’est achevée en chanson, évidemment, il y en avait tant dans les reportages du 13 heures. À la manœuvre, la chorale de ses si précieux correspondants.

14 heures 20, la messe est dite. Jean-Pierre Pernaut cède la parole une dernière à celle à qui il confie les clés de SA maison. “Elle est en bon état” glisse-t-il à Marie-Sophie Lacarrau. Il peut être rassuré, tous ses correspondants à l’unisson n’ont pas arrêté de dire qu’il pouvait compter sur eux pour continuer ce qu’il a commencé.