D’où vient cette fameuse Parisienne, chic et délurée, un peu gouailleuse et toujours voluptueuse qui a fait de Paris la capitale mondiale de l’amour ? C’est la fille naturelle d’Offenbach offrant au monde un Paris de rêve, léger et hédoniste, où la Parisienne rayonne et excite les sens.

Les actrices, objets de désir, incarnent la Parisienne par excellence, celle qui attire les têtes couronnées, de New York à Moscou. La cantatrice Hortense Schneider, muse de Jacques Offenbach, met le monde à ses pieds par son charme, son originalité, son entrain, sa malice, sa voix cascadante et son fameux déhanché.

L’actrice parisienne est toujours suspecte, qu’elle accorde ou non ses faveurs, qu’elle se fasse entretenir par les plus fortunés ou qu’elle consume ses amants. Actrice et courtisane sont les deux facettes de la même Parisienne. Dans le Paris du Second Empire, se ruiner pour une demi-mondaine que l’on n’épousera jamais est un signe de richesse.

Au siècle nouveau, Paris devient destination du tourisme sexuel. Des guides entiers y sont consacrés. Dans la capitale, la prostitution est légale et encadrée. Les filles de joie sont mises en carte à la préfecture de police. Pour protéger leur client, leur santé est sévèrement contrôlée. On les accuse de diffuser la syphilis. Officiellement, six mille femmes vendent leur charme dans le Paris d’Haussmann. Dans les quartiers populaires, une fille sur dix se prostitue. Question de survie. La prostitution occasionnelle passe alors pour être le cinquième quart de la journée d’une femme.

Le premier film érotique

Le cinématographe fait son apparition, le premier film érotique aussi et le premier strip-tease se tournent à Paris. Au théâtre, dans les vaudevilles, les amants sortent du placard. Dans les rues, suivre une femme est un passe-temps prisé et toléré.

Des femmes aiment d’autres femmes. Dans les vespasiennes, des hommes se draguent clandestinement. Ils s’aiment sur les toits de Paris, à l’abri des regards. Dans les années folles, à Montparnasse, l’art moderne s’invente dans les ateliers et Kiki de Montparnasse attise le regard et le désir du photographe Man Ray venu de New York. Paris devient l’horizon de tous ceux qui étouffent dans l’Amérique puritaine : Zelda et Scott Fitzgerald, Hemingway, Joséphine Baker…

En 1940, après la débâcle, les premiers cabarets ouvrent de nouveau. Wohin in Paris, le programme Où sortir à Paris, est traduit en allemand. Chaque soldat de la Wehrmacht a son exemplaire en poche. Le lupanar de l’Europe, c’est la fonction que l’occupant a assignée à Paris. La prostitution est réglée pour le bien-être de la troupe. Les maisons closes ouvrent leurs portes et vont vivre leur ultime âge d’or. De nouveaux mythes apparaissent, Beauvoir et Sartre, Greco et Miles Davis, et Audrey Hepburn immortalisée dans huit comédies tournées dans la capitale. Pétillante, mélancolique et chicissime en tenue de Givenchy, elle incarne la Parisienne.

S’appuyant sur les travaux de l’historien Dominique Kalifa, Mathilde Damoisel propose avec son documentaire Paris romantique, Paris érotique une jolie déambulation dans les rues d’un Paris devenu fantôme depuis la crise sanitaire. Par la voix de Céline Sallette, la réalisatrice offre un nouvel imaginaire à l’amour qu’il appartient à chacun de recréer, aujourd’hui tout particulièrement.