Éric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon avaient pris de gros risques lorsqu’ils ont créé Baron noir. Leur série mettait en scène un député-maire de Dunkerque, Philippe Rickwaert, incarné par Kad Merad, dont on suivait les ambitions politiques, depuis la locale du parti jusqu’aux couloirs de l’Élysée, en passant par la case prison. Un pitch audacieux qui jetait une lumière particulière sur la vie politique française jusqu'à l'anticiper, le tout étant facilement transposable chez, en Belgique.


La troisième saison, diffusée l’an dernier, semblait avoir dressé le décor pour une suite, avec l’ascension d’un populiste et un Philippe Rickwaert bien décidé à lui barrer la route en accédant personnellement à la présidence de la République. Il n’en sera rien puisqu’il n’y aura pas de quatrième saison a fait savoir Éric Benzekri. Pour expliquer sa décision, le co-créateur avance dans Télérama l’argument de la fatigue, du besoin de passer à autre chose mais aussi les incertitudes que fait notamment planer la crise sanitaire. “Baron noir a réussi à anticiper la vie politique, mais nous ne sommes pas des devins, dit-il. Aller plus loin, c’était risquer de tomber dans la science-fiction. À force de trop anticiper, on aurait pu complètement se planter. Et on ne pouvait plus reculer.”


Fin de parcours définitive pour Philippe Rickwaert ? Ça y ressemble très fort. D’autant que le co-créateur de la série juge que la politique bascule aujourd’hui dans une autre époque avec les menaces qui planent sur la démocratie, incarnées par la montée du populisme. Mais il ne se montre pas catégorique dans les pages de l’hebdomadaire français. “Si la nécessité me force à écrire”, le député-maire de Dunkerque pourrait refaire surface. “Tout est possible”, reconnaît-il. En attendant, il travaille déjà sur de nouveau projets, toujours à connotations politiques et sociétales.

Preuve du succès de la série, à la fois auprès du public et de la classe politique française, la troisième saison de Baron noir avait pu bénéficier de scènes tournées au sein même du palais de l’Élysée. Et Éric Benzekri, ancien membre du cabinet de Jean-Luc Mélenchon, président de La France insoumise, avait pu s’entretenir avec des proches d’Emmanuel Marcon et d’autres personnalités politiques afin d’apporter encore plus réalisme à la réalisation des épisodes. Trop aux yeux de certains indiquait Le Monde dans un article du 24 mai dernier intitulé “Zemmour, Ruffin, Hanouna… Emmanuel Macron face à la peur des outsiders en vue de 2022”.

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Selon le quotidien, l’émergence d’une figure populiste hors des partis traditionnels inquiétait l’Élysée. “À l’Elysée, la fiction Baron noir, qui met en scène un professeur blogueur, Christophe Mercier, cristallisant soudain la colère des Français, est d’ailleurs dans toutes les têtes, pouvait-on lire. Certains conseillers sont d’autant plus troublés que la série écrite par Eric Benzekri, et tournée au palais, a imaginé une présidente élue sur un axe central (‘La France unie’) hors des partis traditionnels, un positionnement proche de celui de Macron. ‘Le président redoute notamment qu’un François Ruffin, par exemple, fasse la passerelle entre extrême gauche et extrême droite, confie un stratège du chef de l’État. Pour lui, c’est un Christophe Mercier potentiel. D’ailleurs, Ruffin fait du Mercier, il se filme dans sa cuisine…’ Il est vrai que parfois, la réalité rejoint la fiction…