Si Yves Mattagne a régulièrement passé sa bouille dans des émissions télévisées, c’était toujours pour montrer son savoir-faire et distiller ses conseils pour la cuisine dite de tous les jours.

" Je n’ai jamais été fan des concours de cuisine", avoue-t-il. Pourtant, ces dernières années, le petit écran s’est emparé de la gastronomie pour la décliner dans des concours de téléréalité. Où la télé prend souvent le pas sur la réalité…

Désormais, des émissions TV incontournables, qui starifient des chefs au talent culinaire certes mais aussi à la gouaille et au physique télégénique, attirent des jeunes chefs en devenir. Tout en multipliant les risques…

" Cela ne montre pas la réalité du métier mais peut mettre en valeur la créativité et le caractère d’un chef. Je ne suis pas convaincu que cela crée des vocations. Sans aucune animosité, dites-moi combien de chefs issus de ces émissions ont réussi dans le métier ? Certains ouvrent leur restaurant, l’effet TV dure six mois et cela s’arrête. "

Yves Mattagne en parle d’autant plus en connaissance de cause que deux membres de son équipe y ont participé : Alexandre Dionisio (aujourd’hui à la tête de Villa in the Sky) et, très récemment, Mallory Gabsi.

"Ils ont plutôt bien fait. Avec Alexandre, cela a été rapidement clair. Quinze jours après l’émission, il m’annonçait qu’il voulait ouvrir son propre restaurant (Alexandre au cœur de Bruxelles qui, aujourd’hui, a été repris ). Pour Malou (c’est le petit nom qu’il lui donne), c’est différent. C’est un gamin de 23 ans qui était le chouchou de l’émission et sur qui est tombée une très grosse médiatisation. Cela a pris des proportions exceptionnelles au point que nous avons dû canaliser les demandes afin qu’il ne s’éparpille pas. Je lui ai remis le statut d’indépendant et lui ai adjoint les services de mon assistante personnelle afin de pouvoir gérer les sollicitations."

Car le risque de brûler les étapes et ses ailes existe.

" Il veut venir travailler à la Villa Lorraine mais, s’il intègre la brigade, il sera en cuisine et ne verra aucun client. Je ne veux pas le bloquer. S’il veut ouvrir sa propre maison, libre à lui. Même si, à mon avis, c’est un peu tôt. S’il souhaite se consacrer à des événements ou à des apparitions télévisées, pourquoi pas mais cela n’a qu’un temps. Je n’ai pas envie qu’il se perde… "