Le cheval s’invite partout dans notre quotidien. Comme loisir, comme sport à part entière, comme moyen thérapeutique. Dans l’art aussi, qu’il s’agisse du cinéma ou de la bande dessinée pour ne prendre que ces deux exemples. De façon peut-être plus futile, il reste également le symbole de ces manèges de foire qui font la joie des plus petits et il s’affiche fièrement sur la robe - rouge écarlate de préférence - de rutilants bolides aux noms qui font rêver les amateurs de belles mécaniques.

On ne compte plus les apparitions du cheval dans l’univers des hommes même si depuis des décennies désormais, il n’est plus vraiment à nos côtés pour labourer, tracter ou transporter, du moins dans nos pays occidentaux. Exception faite des malheureux qui promènent encore quelques touristes inconscients dans les rues de grandes villes ou, de manière plus acceptable paraît-il, ceux qui œuvrent à la pêche aux crevettes sur les plages d’Ostende.

Ce cheval, dont on dit qu’il est la plus belle ou la plus noble conquête de l’homme, a beau être représenté sur les peintures rupestres découvertes dans des grottes préhistoriques, il n’a été assujetti par l’homme qu’il y a peu. Quelque 3500 ans avant Jésus-Christ, quelque part en Asie centrale. On le doit aux représentants de la culture Botaï des steppes du nord de l’actuel Kazakhstan. C’est même le dernier des animaux que l’homme a réussi à domestiquer, s’accordent à dire les scientifiques dont l’ethnologue et anthropologue Jean-Pierre Digard qui, en 2007, a signé chez Actes Sud Une histoire du cheval absolument passionnante.

3500 ans avant J.-C., c’est 1000 ans plus vieux que la date de la domestication entérinée jusqu’à la fin des années 2000. Un millénaire de différence, cela peut paraître négligeable à l’échelle de l’humanité, plus encore de l’univers, mais cela change beaucoup de choses. Cela remet totalement en cause la compréhension que l’on a des sociétés anciennes. Parce que la domestication du cheval a eu un énorme impact économique et social.

Jusqu’à il y a peu, on pensait encore qu’il existait sur Terre des chevaux sauvages. Ils étaient incarnés par le fameux cheval de Przewalski, la dernière lignée dite indomptée. Erreur. En 2018, la revue Science a balayé du revers de la main cette affirmation. Car s’il reste bien quelque 2000 spécimens du cheval de Przewalski dans les steppes mongoles, il s’avère que celui-ci n’est plus sauvage depuis… 5500 ans. L’ADN a parlé. Przewalski est directement issu du cheval de Botaï, le premier équidé domestiqué. Enfin, paraît-il. Parce que cette théorie-là a aussi été remise en cause tout récemment, toujours par l’étude des génomes. Comme quoi le cheval est loin d’avoir livré tous ses secrets.