Entre reconstitution, images d’archives et interviews, "Le destin tragique des Romanov" invite à une grande plongée dans l’histoire russe, dans les pas d’un homme qui a côtoyé la famille impériale au plus près, pendant treize ans.

C’est en 1904 que Pierre Gilliard quitte sa suisse natale, direction Saint-Pétersbourg, où il a été engagé comme professeur de français de la famille impériale russe. À l’époque, les Suisses sont très sollicités par l’aristocratie du pays, puisque francophones et protestants, ce qui évite les possibles tensions religieuses. Dans un premier temps, c’est auprès des quatre filles de Nicolas II qu’il se rend indispensable. Au fil des jours, Gilliard consigne dans un carnet ce qui fait sa vie en Russie. Il se passionne également pour la photographie et prend de multiples clichés de la famille, souvent des enfants, mais également de l’Empereur et de sa femme, rassemblant ainsi un témoignage essentiel.

Pierre Gilliard gagne ainsi la confiance du couple qui lui confie également l’éducation du jeune tsarévitch Alexis. Couvé par sa mère, le jeune garçon est hémophile et sa santé est des plus fragiles. Mais le précepteur va pourtant convaincre ses parents que c’est en s’ouvrant au monde qu’Alexis sera le plus heureux. En témoignent des photos, par dizaines, à la plage comme à la campagne.

En 1917, quand le tsar abdique – et que la famille reprend le nom de Romanov – Gilliard décide de rester auprès d’eux. Assigné comme eux à résidence, il préfère se constituer lui aussi prisonnier et vivre à leurs côtés. C’est de cette époque, sans doute, que datent les clichés les plus fous, comme celui montrant les cinq enfants la boule à zéro après qu’ils ont, tous, contracté le virus de la rubéole, qui leur faisait perdre leurs cheveux par poignées. Jusqu’aux derniers jours de la famille, qui sera sommairement exécutée à Ekaterinbourg en juillet 1918, Pierre Gilliard restera auprès d’eux. Il n’aura la vie sauve que grâce à son passeport suisse.

En 1921, il publie chez Payot Treize années à la cour de Russie, son émouvant journal intime qui a servi de point de départ à ce très beau documentaire qui en dit aussi beaucoup sur la Russie d’avant et d’après la révolution.