Qu’écrire sur les Carpentier qui n’a pas déjà été dit et écrit mille fois ? Les faits et gestes de Gilbert et Martitie, respectivement décédés en 2000 et en 2002, ont été décortiqués dans tous les sens, de même que ce qu’ils ont apporté au showbiz ainsi qu’au petit écran durant les années 60 et 70. Pourtant, c’est sur les ondes hertziennes qu’ils ont fait leurs premiers pas. Pour Radio Luxembourg, qui deviendra RTL. Ils ont réalisé des émissions comme L’heure musicale, Le Club des Vedettes qu’animait Maurice Biraud, Musique à la Clay présentée par Philippe Clay, L’heure exquise proposée par Anne-Marie Carrière et Le miroir aux Étoiles. Et, en couple, ils se sont aussi affairés à mettre sur disque Babar, le fameux éléphant imaginé par Cécile de Brunhoff et illustré par Jean de Brunhoff.


La légende veut que ce soit leurs éclats de rire masquant une partie de leurs dialogues en radio qui les a propulsés sur le petit écran. Parce qu’au moins, avec l’image, les gens allaient comprendre pourquoi ils étaient hilares pensait alors le patron de l’ORTF, ancêtre des TF1, France 2 et autres France 3. Bonne pioche pour la télévision sur laquelle à l’époque tout était encore à faire. Maritie et Gilbert Carpentier vont écrire quelques-unes des plus belles pages de la petite lucarne avec la Grande farandole entre 1961 et 1970, le Sacha show entre 1963 et 1971, Top à entre 1972 et 1975 ou encore Numéro un entre 1975 et 1982. Autant d’émissions souvent mises en boîte dans le fameux studio 17 des Buttes-Chaumont, dans lesquelles les chanteurs étaient appelés à jouer la comédie et les comédiens à donner de la voix, le tout avec des costumes excentriques, des décors qui en mettaient plein la vue et des situations aussi inédites que burlesques.


Le mot d’ordre des Carpentier : divertir tout en mettant en valeur les artistes qu’ils reçoivent. Chaque émission tourne autour d’une vedette comme on les appelait à l’époque. C’est elle qui anime le show. On est alors loin du plan marketing hyper étudié, du choix calculé et des duos ou trios préformatés. Avec Maritie et Gilbert, c’est d’abord le cœur qui parle, ainsi que l’audace. Parce qu’ils osent, comme avec le duo Barbara-Johnny Hallyday.

Et ça marche ! Certains soirs, ils sont 15 millions à découvrir Sacha Distel en bonne, Annie Cordy en chanteuse de Broadway, Enrico Macias en Louis XIV, Jean Yanne et son délirant sketch sur la circulation à Rome, les jeux de mots à perdre la tête de Raymond Devos et autres facéties du genre. Jean Poiret, Michel Serrault, Jacqueline Maillan, Jean-Claude Brialy et bien d’autres ont débuté leur carrière grâce ou avec les Carpentier.

Le succès est tel que la recette s’exporte. Les Carpentier vont distiller leurs programmes dans le monde entier. Ils seront proposés aux téléspectateurs dans plus de vingt pays. De quoi faire venir les plus grandes vedettes françaises mais également internationales. Sur le plateau de Numéro un, ils recevront, en 1977, un certain Michaël Jackson, certes pas encore auréolé du triomphe de son Thriller à venir mais déjà bien entouré des Jackson Five qui dictent leur loi sur les dancefloors comme en atteste leur interprétation groovy de "Keep On Dancing" introduite par Joe Dassin.

Avec leurs programmes divertissants, populaires et familiaux, les Carpentier ont créé un genre qui fait encore aujourd’hui le bonheur de la télévision, celui des émissions de variété du samedi soir, même si de nos jours, tout est plus pensé en termes d’image de soi que de lâcher prise. En tout cas, ils ont inspiré et continuent d’inspirer ce qui se fait encore aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après leurs débuts à la télévision.