C’était à la fin des années 70. Les premiers signes d’une épidémie sont constatés à New York et à San Fransisco. Elle touche en particulier les homosexuels. Depuis, le mal a contaminé près de 76 millions de personnes dans le monde et fait entre 25 et 42 millions de morts. Son nom : le sida. Et malgré les efforts des chercheurs et les progrès de la médecine, il n’y a à ce jour aucun vaccin pour s’en protéger, contrairement au coronavirus actuel. Aujourd’hui, 38 millions de personnes vivraient avec le VIH selon les derniers chiffres de l’ONU. Si des progrès ont bien été réalisés pour leur apporter des traitements leur permettant de vivre le plus normalement possible, personne, malheureusement, ne voit le bout du tunnel.

Dans un entretien accordé au Monde, Line Renaud se souvient des premiers pas de cette épidémie devenue une pandémie. “J’étais fréquemment aux États-Unis au début des années 1980 et je voyais l’hécatombe. Elizabeth Glaser, la femme de Paul, interprète de Starsky, m’avait expliqué qu’elle avait elle-même été contaminée lors d’une transfusion sanguine. Elle et sa fille en sont mortes.”

Depuis 35 ans, la chanteuse et comédienne est LE visage de la lutte contre le sida en France. Elle a été parmi les premières à se mobiliser pour apporter un soutien aux chercheurs comme aux malades. “Parce que j’ai vu des gens mourir. Parce que j’ai découvert le déferlement de haine provoqué par ce mal mystérieux qui frappait d’abord les homosexuels. Parce que j’ai entendu des idiots invoquer une punition divine, des imbéciles avoir peur de respirer le même air qu’une personne contaminée, des illuminés proposer de les regrouper dans des ‘sidatoriums’”, explique-t-elle. Révoltée, c’est auprès des grandes figures d’Hollywood qu’elle a été informée de la situation. Elle se souvient d’une invitation d’Elizabeth Taylor pour assister à un dîner destiné à recueillir des fonds pour la recherche. C’était en 1985. Un moment bouleversant, dit-elle. “Alors, quand la télévision française m’a demandé si je souhaitais que s’organise en France une telle manifestation, bien sûr que j’ai dit oui !”

"Ce n'est pas le moment de flancher"

Liz Taylor l’avait prévenue raconte-t-elle dans les pages du Monde, “tu seras insultée, conspuée, écartée.” Elle l’a été mais elle a tenu bon. Elle s’est associée avec Pierre Bergé pour lancer le Sidaction, en 1994. “C’était dingue. Les six chaînes ont diffusé au même moment un même programme consacré au sida.” Elle ajoute : “En ouvrant l’émission, j’ai déclaré : ‘Nous sommes en guerre. En guerre contre un virus !’ Cela nous rappelle quelque chose, n’est-ce pas ?” L’allusion aux propos d’Emmanuel Macron au début de la pandémie de coronavirus n’échappe à personne.

Chiffres à l’appui, Line Renaud souligne l’impact du rendez-vous : 23 millions de téléspectateurs pour environ 45 millions d’euros de dons. Mais au fil du temps, la mobilisation a faibli, déplore-t-elle. Pourtant, chaque année, le sida contamine 1,7 million de personnes supplémentaires.” Nous n’avons toujours pas de vaccin, ni de traitement curatif. Ce n’est pas le moment de flancher”, lance-t-elle.