C’est à des destins tragiques et un peu dingues, aussi, que l’on s’intéresse, ce soir, dans Le temps d’une histoire. En l’occurrence ceux de deux femmes, Big et Little Edie, mère et fille, respectivement tante et cousine de Jackie Bouvier, future Kennedy puis Onassis. Un documentaire signé Patrick Jeudy, qui revient sur cette branche de la famille dont on aurait préféré ne jamais voir refleurir les bourgeons…

Pourtant, en 1971, de retour des Hamptons où elle a passé ses vacances, une journaliste du New York Magazine sait qu’elle tient un sujet qui va faire du bruit : elle a retrouvé, dans une maison délabrée, livrée aux chats et dont le toit est percé, deux femmes vivant de manière plus que précaire qui se prétendent tante et cousine de la richissime Jackie O… La presse s’empare de l’histoire. Et le réalisateur du documentaire remonte le temps.

Nous faisons connaissance, d’abord, avec le patriarche, le Major Bouvier. Grosse fortune, grosse maison, grande famille, il est le père d’Edith et de Jack. La première a le goût de l’aventure et, surtout, elle aime le chant et les arts. Le Major lui passe ses extravagances, d’autant qu’elle épouse un joli parti en la personne de Phelan Beale, un avocat réputé. Le couple passe ses étés à Grey Gardens, une maison à l’image de Big Edie, mystérieuse et théâtrale. Leur fille, elle aussi prénommée Edith sera surnommée Little Edie. Et c’est elle, le véritable cœur battant de l’histoire. Belle blonde longiligne aux yeux bleus, elle est la vraie star des très chics Hamptons. Elle se voudrait danseuse, mais son père ne voit pas cette vocation d’un très bon œil.

Pendant que s’épanouit cette jolie fleur, une autre petite princesse va faire son entrée dans le monde. Jacqueline Bouvier – elle porte le nom prestigieux, contrairement à sa cousine – est adorée par son père, surnommé Black Jack, coureur de jupons invétéré. Elle a douze ans de moins qu’Edie, la jalouse sans doute un peu. Mais le sort va frapper et celle qui était au firmament va glisser doucement dans les limbes quand l’autre va gravir les marches de la gloire.

Parce qu’elle arrive avec trois quarts d’heure de retard (et déguisée) au mariage de l’un de ses fils, Big Edie est déshéritée par son père, le Major Bouvier. Elle vit chichement, seule, dans sa drôle de maison puisqu’elle a divorcé depuis longtemps. Sa fille continue de mener la grande vie mais semble devenir de plus en plus mythomane : elle aurait été brièvement fiancée à l’aîné des fils Kennedy, qui sera tué à la guerre.

Pour gagner sa vie, elle pose pour des photos de mode. Elle entretient également une liaison avec un homme politique, marié et père de deux enfants. Tout ça fait entrer son père dans une rage folle. Il lui pose un ultimatum : elle abandonne ses ambitions artistiques, rompt avec l’amant et, surtout, retourne vivre auprès de sa mère à Grey Gardens.

Jackie, elle, nommée “débutante de l’année” en 1947, n’a fait que s’épanouir. JFK tombe sous son charme. Il l’épouse et la suite de l’histoire est connue…

Jusqu’à la parution de cet article dans le New York Magazine, donc, où Little Edie dit tout le mal qu’elle pense de sa cousine qui aurait “un coffre-fort à la place du cœur”. Elle l’accuse de les avoir laissées tomber, laissées mourir. C’est pourtant Jackie et Onassis qui vont remettre la maison aux normes et octroyer une pension aux deux femmes. Little Edie mourra le 14 janvier 2002. Soit huit ans après Jackie, disparue en mai 1994. Les deux femmes ne se sont jamais réconciliées…