L’humoriste préféré des Belges est de retour là où on ne l’attendait pas. Sa première série humoristique débarque ce 12 avril sur RTL-TVI.

La santé des miens est bonne donc tout va bien, nous confie d’emblée François Pirette, confiné avec sa femme et quatre de ses enfants dans sa ferme de campagne du Loir-et-Cher, en Touraine, en France, où il habite depuis 25 ans. On vit ce confinement dans une autre réalité que beaucoup d’autres. On a de la chance de vivre dans de l’espace, isolés de tout et un décor familier. On n’ose pas imaginer ce que c’est en ville… Mes deux plus grandes sont à Bruxelles, avec leur chéri. La première chose que je ferai après tout ça, ce sera de leur envoyer un billet de train pour venir nous rejoindre et faire la fête. Car elles commencent à trouver le temps long. Mais je crains que ce ne soit que le début."

Que faites-vous de vos journées ?

"Je ne suis que sur ma série (sourire) ! Car elle a beau être diffusée ce dimanche à 20 heures sur RTL, je ne l’ai pas encore finie ! Ce qui devait être fait par mes équipes et techniciens habituels, je dois finalement l’assurer seul, chacun étant chez soi... Je vis une réalité numérique, elle aussi à l’isolement car nous n’avons quasiment pas de réseau là où j’habite. Je livre souvent tard mes spectacles mais là je devais passer mars et avril à Bruxelles et cela n’a pas été possible. Je dors très peu, donc ma réalité domestique est devenue ma réalité professionnelle. Pendant ce temps-là, ma femme assure la classe à la maison sur quatre niveaux différents, de la maternelle à la terminale."

Une situation de confinement qui va changer votre monde selon vous ?

"Je ne vous cache pas que je suis très triste… Ce qui m’affecte le plus, indépendamment des images terribles qu’on ne peut pas ne pas prendre en compte, est le fait que mes enfants vont devoir faire le deuil d’une certaine insouciance. J’ai beaucoup de mal à me projeter dans l’idée de devoir demander à mes enfants de faire attention. Cela ramène à une autre dimension universelle du risque. Quand on voit les communautés qui vivent dans le risque permanent de la guerre… Ici, on ne va pas leur demander de faire attention de se prendre une mine sur le chemin de l’école mais il y a un peu de cela quand même… Je n’ai pas trop envie de rire de ce coronavirus…"

Vous voilà pourtant dans un format humoristique que l’on ne vous connaissait pas avec Formidables...

"Et une série qui sera encore différente de ce que je pensais, vu que des tournages étaient encore en cours. Ce sera diffusé un peu brut de décoffrage, sans rires enregistrés, mais il était impossible de faire autrement. On a tourné tout ça dans une autre époque que celle pendant laquelle la série va être diffusée. C’est flagrant par l’image et l’insouciance de l’instant qui n’est pas notre réalité d’aujourd’hui. Il y a un anachronisme criant et ce même s’il s’agit de la vie dans sa normalité. Celle qu’on espère tous retrouver vite mais en ayant tiré des enseignements."

© D.R.

Toutes les scènes ont été tournées dans la vraie vie avec de vraies personnes castées par vous-mêmes ?

"Oui, je suis sorti du confort du music-hall pour aller dans la vraie vie. Mais, d’un coup, elle n’est plus vraie cette vie, mais fantasmée. C’est l’instant d’avant dont on espère que ce sera à nouveau l’instant d’après. Moi qui voulais faire quelque chose de très naturaliste, cru et premier degré, je me retrouve presque dans de la science-fiction ! Je ne suis pas sûr que ce sera drôle mais ce sera en tout cas sans concession."

Caissière, aide-soigante : des personnages qui tombent mal ?

Craignant, comme de nombreux artistes, de ne plus pouvoir rassembler de spectateurs dans une salle après le Covid-19, François Pirette s’estime "chanceux" d’avoir encore la confiance d’une chaîne généraliste privée. "RTL me permet de prendre des risques alors que je ne caresse pas les gens dans le sens du poil et que je suis dans un format qui correspond mieux à un service public." Avec ses sketchs mis en scène, l’humoriste qui adore se déguiser est toutefois conscient d’être en plein anachronisme avec cette série. "Je campe par exemple une caissière qui est odieuse. Je n’ai pas incarné LES caissières mais une caissière, avec un trait de caractère très égocentrique. Aujourd’hui, la même situation n’est plus du tout pareille… Ce sont des héros ! J’ai aussi joué un pompier un peu stupide et une aide-soignante donnant la réplique à des seniors dans une maison de retraite. Que fait-on ? Mon métier ne prête pas à conséquence, c’est pourquoi je n’ai ni censuré ni édulcoré. J’espère que les gens comprendront et continueront à m’aimer."

© D.R.

© D.R.