"Pendant cinq ans, entre 1970 et 1975, un ovni aura survolé la variété française, dit la voix off qui introduit ce documentaire. Son nom : Mike Brant" Un ovni, le qualificatif est bien choisi. Tous ceux qui l’ont fréquenté à l’époque s’accordent à dire qu’il était beau comme un dieu. Un physique de rêve, irréel. À cela s’ajoute une voix en or interprétant des chansons d’amour dont il ne comprenait pas un traître mot puisque cet Israélien, né Moshé Michael Brand à Chypre, ne parlait quasiment pas français. Qu’importe, il avait de quoi faire chavirer les cœurs et affoler les compteurs avec ses chansons d’amour. Plus de quinze millions de disques vendus en cinq ans seulement, voilà qui en impose.

Ovni mais également étoile filante. La carrière de Mike Brant n’a duré que cinq petites années. Elle a commencé le 25 janvier 1970, jour où il subjugue la France entière à l’occasion du Gala du Midem, sorte d’Eurovision organisé à Cannes. En trois minutes et trente secondes, avec le titre "Laisse-moi t’aimer", il passe de l’anonymat du chanteur de bal au statut de célébrité de la chanson. Et elle s’est achevée le 25 avril 1975 avec sa disparition tragique lorsqu’il tombe du sixième étage d’un immeuble à Paris, le jour de la sortie de son nouvel album Dis-lui.

Hanté par la peur

En 63 mois, il aura connu une ascension fulgurante malgré la concurrence incarnée par les Johnny Hallyday, Claude François, Michel Sardou et autres Joe Dassin, ainsi qu’une descente aux enfers tout aussi vertigineuse. Car les paillettes et la gloire ont leur revers comme l’attestent nombre de témoins interrogés dans le documentaire : Sheila, Nicoletta, Jean-Jacques Debout, Philippe Lavil, Stone (de Stone et Charden), Danielle Gilbert, André Torrent de RTL, Orlando et d’autres proches comme son directeur artistique, ses managers, son frère et sa nièce, etc.

Emporté par le tourbillon de cette vie de star, devenu un phénomène médiatique, omniprésent chaque semaine à la télévision comme à la radio, vendant plus que quiconque à l’époque en France, Mike Brant n’est jamais parvenu à évacuer la pression qui pesait sur ses épaules. Ce rythme de vie effréné, la guerre du Kippour dans laquelle est impliqué Israël, la paranoïa de finir comme les athlètes israéliens tués lors de J.O. de Munich et la peur du public qui s’est ensuivie, ainsi que le souvenir de la Shoah qui a décimé sa famille le hantent. À cela s’ajoutent quelques trahisons professionnelles et le sentiment d’être un imposteur en chanteur de charme, lui qui aurait aimé chanter en anglais sur du jazz, sur ses compositions.

Assassiné?

C’en est trop pour celui qui rêvait de fonder une famille, de vivre loin du tumulte parisien. Angoisses, dépressions et tentatives de suicide se succèdent dès 1974 jusqu’à ce funeste vendredi d’avril 75.

C’est ce destin sans pareil que retrace Mike Brant, l’étoile filante deux bonnes heures durant. Le traumatisme de la Shoah, son retard de langage (Mike Brant n’a commencé à parler qu’à l’âge de 4 ans !), ses talents d’imitateur, ses idoles américaines, sa rencontre avec Sylvie Vartan et son secrétaire particulier Carlos, grand entremetteur du show-business devant l’éternel, comment il a "apprivoisé" le français et tout ce qui a suivi est passé en revue, décortiqué, expliqué. Jusqu’à sa mort.

Suicide ou pas ? Folie liée à la prise de drogue ? Assassinat ? Même les dieux sont mortels…