Pour des millions de téléspectateurs, il restera Bobby Ewing. Bien au-delà de l'annulation définitive (il y a quelques mois) de la nouvelle génération de Dallas.

Invité d'honneur au 55e Festival de la télévision de Monte-Carlo en tant que président du jury des séries télé, Patrick Duffy prouve une nouvelle fois qu'il est tout sauf un acteur blasé par le métier et ses à-côtés. « Parfois, oui je peux être fatigué de répondre aux mêmes questions. Mais il y a quelque chose d'intéressant là-dedans, nous dit-il. Quand on me pose des questions, j'en apprends plus sur ce que je pense. Avez-vous souvent l'occasion de parler de vous? Il y a des fois où je me dis: tiens, je n'ai jamais pensé à ça ou à telle personne tout haut. »

Grand défenseur du genre soap opera, Patrick Duffy est formel: « Ces acteurs-là sont les plus bosseurs dans toute l'industrie de la télé et du cinéma. Et ils sont pourtant moins reconnus parce qu'on dit que les soap opera sont tellement mélodramatiques. J'ai joué dans Amour, gloire et beauté. Et je recevais à l'époque la veille de tournage mon texte. Je leur demandais s'ils étaient sérieux. 30 pages rien que pour moi? J'ai dû développer ma mémoire, l'entraîner comme un muscle. On digère autant de pages de dialogue. Pour les régurgiter, si vous bossez bien, au plus près de ce que ces dialogues sont initialement. Et il n'y a aucune répétition! C'est un cadeau d'apprendre dans un soap opera. Et vous pouvez emmener ce cadeau avec vous partout, après. Ces années passées sur Amour, gloire et beauté m'ont relancé pour vraiment retravailler sur la nouvelle version de Dallas. J'étais plus discipliné. Je ne dirais pas que j'étais meilleur. Mais au début, je n'amenas jamais le script avec moi à la maison. J'arrivais au maquillage le matin, je regardais mon script et c'était bon. Je connaissais même parfois les dialogues des autres acteurs. Je faisais fonctionner ma mémoire photographique. Ca fonctionnait pour une journée...40 ans plus tard, la mémoire est un peu moins affutée. Ca demande plus d'efforts! Et pour le nouveau Dallas, je ramenais le script à la maison pour l'apprendre, ce que je n'avais jamais fait avant! Ma règle est la suivante: vous ne devriez jamais prendre votre script sur le tournage. Si vous êtes responsable et respectueux du travail à fournir. »

Souriant, décontracté, chemisé bariolée sur un t-shirt noir, Patrick Duffy, 66 ans, est aussi enthousiaste qu'un jeune premier. Il se souvient avec joie - «jamais de tristesse » insiste-t-il – de son ami Larry (JR Ewing) Hagman et, même plus, d'une de ses répliques. « On me demande souvent laquelle de mes répliques dans Dallas j'ai encore en tête. Eh bien, aucune! Par contre, il y en a une que j'ai trouvée pour le personnage de J.R. C'était: le sang est plus gluant que l'eau. Mais le pétrole est encore plus gluant... En fait, si je me souviens d'une réplique, c'est de celle de quelqu'un d'autre! » 

Preuve que sa mémoire est intacte. Et que Patrick – Bobby – est toujours bon pied bon oeil. « Je préfère voir ma carrière comme celle d'un travailleur. Chaque acteur est un artiste, car on vous demande d'interpréter des choses. Pour moi, je vais travailler chaque jour, je fais de mon mieux et puis je rentre à la maison. C'est ça ma vie de travail. Je vais là où on me réclame. »