Patrick Sébastien a fait tourner les serviettes en ouverture des Fêtes de Wallonie, hier soir, à Namur. Interview d’un "intransigeant".

"Je me suis vraiment viandé et j’ai même encore mal , confie l’animateur du Plus Grand Cabaret du monde au sujet de son accident domestique de cet été. Pour que cela se remette en place, j’en ai pour deux mois, normalement. Je n’aurais pas dû remonter sur scène mais j’y suis quand même !"

L’interprète de Tourner les serviettes avait glissé dans ses escaliers le 18 juillet dernier. Résultat ? De multiples fractures à la clavicule et des hématomes sur tout le corps. "Ma chance a été que ni ma tête ni ma colonne vertébrale n’ont été touchées… Sinon, je serais mort ou sur un fauteuil."

Un accident qui relativise les choses ?

"Ça va même beaucoup plus loin. Je vais sortir un livre le 5 octobre, Le bonheur n’est pas interdit (le livre qui va vous faire du bien) dans lequel je m’appuie sur mes expériences personnelles où j’ai, comme tout le monde, connu des deuils, des accidents et maladies. J’explique donc comment j’ai préservé des parcelles de bonheur. À mon âge, je ne prends ni tranquillisant ni alcool ou drogue. Car c’est un travail, le bonheur. Ma chute est arrivée une heure après avoir écrit le livre, comme si c’était un signe. ‘Tu leur dis de relativiser, ben fais-le, applique-le ! ’ Cela m’a vachement aidé. J’étais sur le brancard mais je suis vivant."

L’occasion aussi d’évoquer vos frustrations en télévision depuis la réorganisation de France 2 ?

"Je parlerai des détails quand je serai parti. En 30 ans de télévision, je n’ai jamais vécu ça. C’est pour cela qu’il faut trouver son bonheur ailleurs. Comme en concert ou en spectacle. Je viens aussi d’écrire un one-man-show avec trois musiciens qui s’intitulera Avant que je n’oublie, tout ce que je n’ai pas pu dire à la télé. C’est un peu comme tout ce qui arrive à RTL Belgique aujourd’hui."

Vous vous sentez sur la sellette ?

"Malheureusement, cela ne dépend ni de moi ni des téléspectateurs. Ce qui ne devrait pas être le cas vu que le service public devrait être au service du public et non pas de trois personnes. Je suis très emmerdé car on m’a enlevé trois Années bonheur cette année. Moi, je peux vivre mais j’ai des musiciens et des danseurs qu’on prive de boulot, juste pour faire plaisir à des copains…"

Si tout devait se finir demain, avez-vous déjà pensé à une reconversion ?

"Non, car je suis un saltimbanque ! Je suis monté en 74 à Paris et j’aurais signé pour le millième de ce qui m’est arrivé. J’ai bientôt 64 ans, je fume deux paquets par jour, je bois 10 cafés et je tiens debout. Donc, à un moment, je vais forcément payer la note. Pas d’excès mais je ne me vois pas encore vivre 10 ans. Il me reste une dizaine de piges à vivre, pas plus. Je n’ai jamais baissé mon froc pendant 64 ans, ça ne va pas commencer maintenant. Je ne céderai donc pas. J’aurais pu gagner bien plus d’argent mais je ne l’ai pas fait. C’est une philosophie de vie. J’étais parti pour être prof de lettres, j’ai fait du futile. Mon prof de philo m’avait dit : ‘Il vaut mieux penser à vivre que vivre pour penser’. Je l’ai donc écouté et je me suis régalé entre la télé, des salles remplies comme l’Olympia et rencontrer des jolies filles !"

Que vous manque-t-il alors ?

"20 ans de moins ! Quand je vois que des gens chantent encore Le petit bonhomme en mousse dans les stades, j’aimerais avoir 40 ans et sauter partout. La reconnaissance, je m’en branle. J’ai d’ailleurs piqué mon épitaphe à un Belge, Jacques Brel : ‘Si vous m’aimez, fermez vos gueules !’ Il voulait la mettre sur sa tombe mais il n’a pas su. On m’a toujours dit que si je l’avais connu, on serait parti dans les bars à putes ensemble (rire) !"


"Je n’aime pas les chansons de Sébastien"

"Samedi soir, à la fin du Cabaret , je fais une chanson que je ne chanterai qu’une seule fois, confesse Patrick Sébastien au sujet de son émission de ce week-end sur France 2. Elle s’appelle Je n’aime pas les chansons de Sébastien. Où je dis qu’il faut me jeter de la télé car c’est de la daube, etc. "

Celui qui fait chanter Les Sardines sait donc aussi faire chanter ses détracteurs par son autodérision. "Ingérable, moi ? Plutôt intransigeant, tempère celui qui a demandé l’asile humoristique en Belgique. Je suis une grande gueule égoïste mais j’ai été élevé avec de vieux voyous. J’ai donc leur caractère. On est des gens de parole et d’honneur. Je ne file pas ma poignée de main à n’importe qui. Mais c’est un défaut aujourd’hui d’être intègre. Je ne compose simplement pas avec la saloperie ordinaire. Je n’y peux rien, on m’a fabriqué comme ça."

Depuis sa mauvaise aventure à Dalhem (Liège) en 2011, on ne pensait plus revoir Patrick Sébastien - dont son village, Martel, est jumelé avec la commune wallonne de Nassogne - en Belgique. "C’était simplement la faute des organisateurs . On s’est fait traiter comme du bétail et mes musiciens se sont pris des canettes dans la gueule. Je n’ai pas d’exigence particulière mais, là, notre loge ressemblait à une remorque à bestiaux." Et des gens bourrés à ses concerts, le chanteur de La Fiesta en a l’habitude. "Faut juste les gérer et avoir un service de sécurité qui tienne la route. Si les mecs foutent le bordel et qu’on ne gère pas, on se casse !"