Il estime faire partie de ces gâtés qui, même pendant les confinements, ont pu continuer à travailler, parce que le seul secteur audiovisuel, qui n’a pas vraiment été impacté – à part quelques aménagements et mesures sanitaires – a pu continuer à tourner. “Je suis régulièrement sollicité et j’ai même le luxe de choisir”, confie Bruno Debrandt. Dans Plan B(en primo diffusion sur la RTBF, avant TF1), il incarne le père de Lou, une ado un peu rebelle dont personne ne voit venir les fragilités qui vont l’amener jusqu’à son geste fatidique : le suicide. Pourtant, une femme sortie de nulle part, leur propose le Plan B. À savoir tout recommencer…

Qu'est-ce qu'il y a à défendre sur une série comme celle-là, sachant que les voyages dans le temps sont très vite confrontés à une limite: comment peut-on s'en sortir?

“C’est super intéressant comme question parce qu’elle est au cœur du sujet. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté ce projet. Je suis un fan du cinéma de genre, de science-fiction, du fantastique. Parce que justement, ça met en scène des sentiments épiques que l’on a du mal, nous, en Europe, à assumer. Ça met les acteurs dans une obligation de mouvement spontané. On a un obstacle devant soi et on est obligé de le franchir si on veut poursuivre son chemin. Ce que j’ai trouvé formidable, c’est que ce n’est pas un prétexte, la possibilité du voyage dans le temps. Ce n’est pas un énième film sur la question, c’est un procédé. Ça pourrait complètement être une psychanalyse. Cette famille qui va voir un psy qui leur dit “Écoutez, si je vous donnais la possibilité de revenir en arrière, de ne pas épouser votre femme, de ne pas faire des enfants. Si je vous offrais la possibilité de ne pas devenir médecin, journaliste ou acteur ?” Le fait de pouvoir retourner dans le temps, c’est tout à coup être obligé de s’interroger sur “Est-ce que j’ai fait les bons choix ? Est-ce qu’ils sont responsables de ce qui m’arrive ? Dans la série, la science-fiction n’est pas du tout traitée. Tout le monde est dans cette espèce de vertige et, hop !, il est ramené à la vie quotidienne et on ne se pose pas plus la question parce que le surnaturel n’est pas envisageable. Ce procédé, on s’en débarrasse très vite mais on garde le ludique de ça : tout à coup, on oublie qu’on refait un chemin nouveau et quand on bute à nouveau contre un mur, qu’on se dit “merde, ça n’a pas marché” ; il y a l’excitation du public qui se demande ce qu’il va faire, ce qui va se passer.”

"Plan B" est l'adaptation d'une séré québécoise...

“Oui, qui est magique, que j’ai vue et qui n’a rien à voir. Ce n’est pas du tout la même culture. Il y a une truculence, un humour, un rythme qui n’est pas du tout le nôtre et il fallait vraiment faire une transposition. Ce qui a été conservé, c’est l’histoire, parce que c’est parfaitement écrit. Mais par contre, les situations professionnelles, les rythmes, les émotions, même les âges ont été bougés. En dehors de ça, je savais déjà que je partais sur un objet qui était redoutablement efficace. C’est une famille qui est plutôt heureuse, même si elle vit une séparation mais qui a organisé sa vie de manière intelligente et très belle. Les adolescents paraissent très bien, libres, cultivés, on se dit qu’il n’y a pas trop de problèmes et finalement, boum, la fille décide de partir. Et là, c’est le chaos. La grande claque. Forcément, il y a deux réflexes intrinsèques : un, se demander ce qui s’est passé et si on en est responsable et, deux, dans le déni, dans le partage des responsabilités, on regarde l’autre et on se dit “est-ce que ce n’est pas de ta faute ?” Cette série est ultra-réaliste et, grâce à la science-fiction, elle extrait du quotidien. On n’est pas dans une série urbaine, mais on est tout de suite dans l’épique, la violence et la possibilité quasiment divine, sacrée, de se dire “je me suis trompé, je recommence”. Ces épisodes sont comme des continents. Il y a une tectonique des plaques, qui bougent, et qui fait que quand l’Afrique du Nord se retrouve au Pôle Sud, il y a une étrangeté, qui s’installe de fait et qui nous fait avaler l’extraordinaire. D’un coup, il y a une possibilité de transformation dans les destins. C’est ça qui est génial et qui est un peu la morale de cette série, c’est une énième façon de s’interroger sur comment vivre avec les autres, comment permettre à chacun de s’exprimer au mieux de lui-même.”