A ses yeux, la pluralité des médias en Belgique sera en outre renforcée par cette opération, et non pas affectée. Le patron de RTL Belgium s'est dit ravi par le choix des deux repreneurs, pointant leur ancrage belge et les relations déjà existantes entre les différents partenaires. Il compte pouvoir s'appuyer sur leur expertise et la cumuler pour faire face aux défis importants qui attendent le secteur, en particulier "face à une concurrence de plus en plus multiple et internationale".

Le premier et le plus important de ces défis sera la transformation digitale de la filiale belge de RTL Group. "Nous allons voir comment elle s'est faite chez DPG, comment elle se fait chez Rossel et comment on peut gérer demain, et mieux qu'avant, les datas et faire de notre média de masse traditionnel un média beaucoup plus au goût du jour et qui rentre de plein pied dans cette transformation digitale", explique Philippe Delusinne.

La création de ce "champion national et local" que sera le RTL Belgium de demain est une "façon pour nous de continuer à exister face aux géants américains et autres qui aujourd'hui phagocytent le marché et nous mettront en difficulté si on n'unit pas nos forces pour être les meilleurs aussi", soutient le CEO.

A ses yeux, une telle intégration est ainsi inévitable et est encore renforcée par la situation particulière du paysage médiatique en Belgique francophone, un petit marché de 4,5 millions de personnes. Le patron évoque la concurrence locale de la RTBF, "qui est une vraie société commerciale qui vend du AB3, du NRJ, qui fait plus de publicité sur Vivacité que nous sur Bel RTL et qui n'a pas les mêmes règles que nous".

Des synergies sont certainement attendues entre les trois groupes. Mais il est encore trop tôt pour dire dans quelles mesures, l'accord de rachat venant à peine d'avoir été signé, insiste Philippe Delusinne. Mais les idées sont nombreuses, laisse déjà entendre celui qui est âgé de 64 ans et qui entend piloter cette période de transition, ne se voyant pas quitter le bateau dans les prochains mois.

Ces synergies ne veulent en tous cas pas dire restructuration, souligne-t-il. "Il n'est pas question d'avoir besoin d'un plan. Nous étions rentables l'année dernière dans l'une des pires circonstances et sommes sur les bases d'une belle année 2021. Il n'y a pas de crainte à avoir", dit-il à l'attention de son personnel, qu'il a déjà pu rassurer lors d'un conseil d'entreprise lundi matin.

"L'intention n'est pas de gagner plus en coupant dans les coûts mais en faisant ces synergies qui apporteront une valeur ajoutée à l'entreprise et de nouveaux pôles de croissance et de revenus différents", estime le patron. Il ne peut toutefois pas affirmer que l'on ne touchera pas durant 10 ans à l'emploi. "Mais jamais sous la forme d'un plan massif" comme le plan #Evolve mis en place il y a trois ans et qui a mené au départ de 88 personnes.

"Je pense que le personnel voit ça (ce rachat, NDLR) comme la meilleure solution. Il n'est pas question de restructuration", a-t-il répété. "N'ayez pas peur pour votre emploi."

Le CEO balaie les craintes d'un manque de pluralité des médias demain. Ce sera exactement le contraire qu'une situation avec partout le même contenu. Le danger aurait été que RTL disparaisse et qu'on n'ait plus les moyens de payer notre rédaction de 150 personnes. Il n'est pas question de faire une rédaction commune entre DPG, Sudpresse, Le Soir, RTL et Bel RTL. Nous allons renforcer le pluralisme par la pérennité de nos activités plutôt que de l'affecter."

Le montant du rachat, de 250 millions d'euros, est un "très bon prix" et atteint une valeur qui correspond à celle de l'entreprise, confie encore Philippe Delusinne.

A ses yeux, pouvoir proposer une offre nationale sur le marché publicitaire belge sera un plus, notamment avec IP, la régie publicitaire de RTL Belgium mais aussi de TF1 en Belgique. "Sous quelle forme, cela on verra..."

Enfin, le futur champion national permettra une accessibilité à certains programmes, en particulier sportifs, qui pourraient demain échapper et ne plus être accessibles à des chaînes de télévision linéaires comme celles de RTL ou la RTBF.