Jusqu'ici rivaux acharnés, bientôt alliés dans le même géant des médias? M6 a annoncé lundi que Bouygues, maison mère de TF1, voulait racheter 30% de son capital à l'allemand Bertelsmann, une opération qui devra encore franchir nombre d'obstacles réglementaires. "M6 et TF1 fusionnent et le groupe Bouygues devient l'actionnaire majoritaire de la nouvelle entité avec 30% des parts, devant RTL Group", filiale de l'allemand Bertelsmann actuellement actionnaire principal, a indiqué M6 à l'AFP, confirmant des informations du Figaro.

Le quotidien a affirmé que Bertelsmann garderait "16% du capital pour faciliter les négociations auprès de l'autorité de la concurrence" et que "le solde restera(it) coté en Bourse". M6 n'a pas confirmé ces éléments lundi soir.

Au bout de 18 mois, si les autorités de régulation donnent leur assentiment, l'actuel patron de M6 Nicolas de Tavernost deviendra PDG de la nouvelle entité, a en revanche souligné le groupe. On ignore ce que deviendra l'actuel PDG de TF1 Gilles Pélisson.

Selon le Figaro toujours, la banque Rothschild a conseillé le groupe Bouygues et JPMorgan le groupe M6 et l’accord est arrivé après un long week-end de négociations. Les autorités publiques françaises n’ont quant à elles pas émis d’opposition à une telle fusion pour le moment.

Bouygues va débourser 641 millions d'euros

Bouygues va débourser 641 millions d'euros pour sceller une "fusion" de sa filiale TF1 et de M6 qui formeraient ainsi un géant français des médias, ont annoncé lundi soir les groupes impliqués dans l'opération.

"TF1, M6, Bouygues et RTL Group annoncent aujourd'hui (lundi) qu'elles ont conclu des protocoles d'accord d'entrée en négociations exclusives pour fusionner les activités de TF1 et M6 et créer un groupe de médias français d'envergure" qui représentera un chiffre d'affaires annuel de 3,4 milliards d'euros, ont précisé ces groupes dans un communiqué.

Bouygues et RTL Group, filiale de l'allemand Bertelsmann, "détiendraient respectivement 30% et 16% du nouveau groupe, après acquisition par Bouygues auprès de RTL Group de 11% du nouveau groupe", détaille ce texte. Quelque 54% du capital du nouveau groupe serait donc coté en bourse. "Bouygues serait l'actionnaire de contrôle exclusif et agirait en partenariat stratégique avec RTL Group dans le cadre d'une action de concert", selon la même source.

En outre, "l'opération serait mise en oeuvre sur la base d'un ratio d'échange économique global de 2,10 actions TF1 pour chaque action M6 (après distribution d'un dividende extraordinaire de 1,50 euro par action aux actionnaires de M6, et distribution de dividendes ordinaires de 1 euro par action M6 et de 0,45 euro par action TF1 en 2022)", précise le texte.

Ce nouveau groupe, dont la naissance devra recevoir le feu vert des gardiens de la concurrence, "serait bien positionné pour relever les défis résultant de l'accélération de la concurrence des plateformes numériques mondiales, actives sur le marché publicitaire français et dans la production de contenus audiovisuels de qualité", affirment les groupes.

La transaction, dont les promoteurs visent un aboutissement d'ici à la fin 2022, aboutirait à une "création de valeur pour l'ensemble des actionnaires des deux groupes", selon eux. Ils estiment les "synergies" (économies d'échelle) entre 250 et 350 millions d'euros "à l'issue des trois premières années suivant la réalisation de la transaction", mais ne mentionnent pas de volet social à cette opération.

Ce processus d'acquisition sera néanmoins soumis à de fortes contraintes réglementaires sur la concentration des médias. En effet, seules sept autorisations pour diffuser sur les ondes hertziennes peuvent être accordées à un même groupe de télévision.

Le groupe M6 détenant déjà cinq fréquences (sa chaîne éponyme, W9, 6ter, Gulli et Paris Première), un rachat par TF1 également propriétaire de cinq canaux (TF1, TMC, LCI, TFX, TF1 Cinéma Séries) impliquerait la cession de trois chaînes.

Selon des experts, le point décisif sera le feu vert des autorités anti-trust. Le mariage de la première et de la troisième chaîne du PAF ferait en effet émerger un acteur géant de la télévision dépassant France TV avec plus de 30% de part d'audience et représentant les trois quarts du marché publicitaire sur le média.

Enfin, d'un point de vue boursier, la loi empêche un actionnaire de détenir plus de 49% d'un groupe de télévision.

Concentration du marché publicitaire

Enfin, ce rapprochement consolide le groupe TF1 par rapport à sa prédominance dans le marché publicitaire. En 2020, ce dernier a réalisé plus de 1,4 milliard d’euros de recettes, contre 830 millions pour la chaîne concurrente M6. Un tel mastodonte pourrait susciter quelques interrogations, aussi bien du côté des annonceurs que des chaînes concurrentes, puisque le marché publicitaire serait détenu à hauteur de 70 % par cette nouvelle entité.

Cette annonce ne devrait pas impacter directement le processus de vente de RTL Belgique qui est sur la table, bien que RTL Group soit une filiale de Bertelsmann et que la vente à TF1 était envisagée.