Télévision "Cinq romans par an ? Cela me laissait beaucoup de temps pour mes enfants, mon jardin et ma maison."

Trente ans que Georges Simenon nous quittait. Le 4 février 1989, il nous laissait en héritage 195 romans dont 75 Maigret et, en plus, ses volumineuses Mémoires intimes qu’il s’était mis à dicter à partir de 1972. À ses enfants, il laissait aussi le fruit de 600 millions de ventes et de 450 adaptations au cinéma.

Pierre Assouline s’est fait connaître par une biographie monumentale de l’écrivain liégeois. Il a conduit ce document télé, Le siècle de Simenon, que la Une diffuse ce vendredi. Où c’est surtout Simenon lui-même qui parle, qui se raconte et, ma foi, le fait est qu’il s’exprime de manière aussi truculente et intéressante par la parole que par l’écriture. Sa dimension intellectuelle apparaît d’ailleurs davantage lorsqu’il livre ses pensées sur un monde qui est le sien et qu’il a observé d’un œil critique : "Ceux qui dirigent le monde ne sont pas les personnalités politiques ou les chefs d’État, ce sont les sociétés internationales et les grandes banques."

Il y a surtout, dans ce documentaire, une dimension biographique. Simenon à Liège ; Simenon à Paris ; Simenon dans son travail.

À Liège, ses débuts dans le journalisme quand, à 16 ans, il est envoyé à Bruxelles avec mission de poser une question et une seule au célèbre Maréchal Foch qui doit quitter la ville en train. La police empêche la presse d’approcher. Quand le train démarre, le jeune Simenon arrive à sauter sur le marchepied du wagon et il aura la réponse à sa question.

À Liège aussi, cette mère qui ne l’aimait pas et qu’il ne parvenait pas à aimer.

À Paris, la gloire grâce aux romans policiers : "Je crois que cette curiosité du public pour le meurtre et la criminalité vient de ce que nous sommes tous des criminels en puissance. Chacun se dit ‘Cela aurait pu être moi’…"

Cinq romans par an, pendant quarante ans… Simenon a eu, dans sa vie, une production qui tient du record. Lui, il ne le voyait pas ainsi : "Je mettais huit à dix jours pour écrire un roman. Cinq romans par an… Cela me laissait 300 jours pendant lesquels je n’étais pas romancier mais un père qui s’occupait de ses enfants, de son jardin, de sa maison…"