BRUXELLES Pour comprendre les déboires artistiques actuels de Michael Jackson, ses pétages de plomb et les propos absurdes tenus récemment au boss de Sony «qui complote contre les artistes à la peau noire», il faut remonter vingt ans en arrière.

A cette époque, Michael Jackson est déjà une star. S'il est appréciable, son succès d'alors est toutefois comparable avec celui de ses pairs. Plus pour longtemps... Avec Quincy Jones, Michael Jackson sort Thriller en 1982. Ce disque va changer l'histoire de la pop. Il va changer l'histoire du business. Il va changer l'histoire de Michael Jackson...

Bien boosté par des singles accrocheurs (les imparables Billy Jean, Beat it, Thriller), matraqué sur MTV avec des clips révolutionnaires (cf. la version longue de Thriller réalisée par John Landis), cet album ne va pas seulement battre les records de vente, il va les pulvériser. Aujourd'hui, Thriller s'est écoulé à plus de 52 millions d'exemplaires dans le monde. Plus de 52 millions! A titre de comparaison, le recordman 2002 des ventes est Eminem avec une dizaine de millions de CD vendus.

Pour n'importe quel être humain, un tel chiffre dépasse l'entendement. Et quoi qu'il en pense, Michael reste un être humain. Avec ses ambitions mais aussi ses doutes. La suite de la carrière musicale de Michael Jackson va alterner le bon et le moins bon. Le médiocre aussi comme ce fut le cas avec Blood on the dance floor. Mais jamais Michael ne va dépasser ou même égaler ce sommet artistique que fut Thriller. Du coup, Michael va se sentir blessé, vexé, incompris, boycotté aussi, en dépit pourtant de scores de ventes honorables (25 millions de Bad, 29 de Dangerous, 15 d' HIStory).

Lorsqu'il revient dans les bacs en 2001 avec Invincible (le titre en dit déjà long), Michael annonce qu'il va reconquérir son titre de King of pop. Invincible va s'écouler à 7 millions d'exemplaires (dont 50.000 en Belgique). Un succès pour n'importe quel chanteur pop. Un bide pour Michae Jackson.

A la sortie d' Invincible, il parle d'une tournée mondiale. Celle-ci est annulée. L'argent rentre toujours dans le coffre-fort de Neverland mais moins qu'avant. Par contre, les dépenses restent astronomiques. Les banquiers commencent à s'inquiéter. Selon Variety, Michael Jackson aurait des créances de l'ordre de 12 millions de dollars. Il y a aussi ce procès intenté par un promoteur de spectacles pour deux concerts annulés. Ou cette autre action en justice menée par un ancien manager qui lui réclame 13 millions de dollars de frais.

Enfin, et plus grave encore, c'est l'impasse artistique dans laquelle il s'est mise avec Sony. Qu'il ne demande surtout pas conseil à Prince ou à George Michael, deux chanteurs qui n'ont été que l'ombre d'eux-mêmes depuis qu'ils ont été libérés de leur contrat avec les «méchantes firmes de disques».

© La Dernière Heure 2003