Dans Volte-face, John Travolta et Nicolas Cage s’échangent visages et personnalités. Et tout ça non pour les beaux yeux, mais pour l’immense talent d’un réalisateur débarqué de Hong Kong à Hollywood en 1992. Trois films plus tard, John Woo signait sans doute sa meilleure œuvre américaine et l’une des plus furieusement jubilatoires que l’on ait vue depuis longtemps. Rencontre au Festival du cinéma américain de Deauville, en 1997.

Comment Nicolas Cage et John Travolta ont-ils réagi lorsque vous leur avez soumis votre projet ?

“Ils ont directement aimé l’idée et, surtout, je crois qu’ils ont senti qu’il y avait là matière à relever un beau défi. Je crois que c’est un rêve, pour tout acteur, de jouer plusieurs rôles dans un même film, surtout quand il s’agit d’un méchant et d’un gentil. C’est très amusant et je crois qu’ils étaient très excités par cette idée.”

S’observaient-ils sur le plateau, durant le tournage ?

“Oui, bien sûr. Mais avant le début du tournage, nous nous étions évidemment rencontrés, pour des lectures et des répétitions. Nous avions déjà beaucoup travaillé les personnages, décidé de toute une série de détails. Et puis, nous avons voulu qu’ils s’imitent l’un l’autre. Ils le pratiquaient chaque jour. Une fois sur le tournage, je montrais à chacun d’eux le travail de l’autre, jour après jour. Comme ça, ils pouvaient se rendre compte de ce qui était arrivé à leur autre face. Mais ils ont été très créatifs, ils ont collaboré de manière très proche, très amicale. Il n’y avait aucune jalousie entre eux.”

Volte-face est votre meilleur film depuis que vous êtes aux États-Unis. Qu’est-ce qui a provoqué le déclic ?

“Après Hard target, je me suis rendu compte que j’avais besoin d’en apprendre encore beaucoup sur la culture, le langage et la société américaine. Et même sur le système hollywoodien. Il fallait que je m’ajuste à tout cela. Et puis, j’attendais le bon projet qui m’aiderait. Sur Broken arrow (en 1995, déjà avec Travolta), j’aurais voulu rendre mes personnages plus humains, plus complexes, mais les producteurs ne m’ont pas vraiment laissé travailler comme je le souhaitais. Ils changeaient tout, derrière mon dos. Les effets spéciaux coûtaient si cher qu’il n’y avait plus moyen de s’investir dans autre chose. Bref, pour Volte-face, j’ai retenu la leçon et j’ai supprimé 95 % des effets spéciaux prévus dans le script de départ qui d’ailleurs était un scénario de science-fiction. Tout tournait autour d’une explosion nucléaire et on ne parlait pas de ces deux pôles que sont le bien et le mal.”

Plusieurs scènes se déroulent dans des églises et, côté musique, on retrouve le kyrie, une chanson religieuse. C’est très important pour vous ?

“J’aime les églises, elles représentent beaucoup pour moi. C’est un peu comme le ciel, ou le paradis. Enfant, j’ai grandi dans un environnement très violent. Chaque jour, on se faisait attaquer par des gangs et il fallait se battre pour survivre. Mon enfance a été une période de grande souffrance et de solitude. À chaque fois que je me sentais seul ou que j’avais peur, je me réfugiais dans une église. Je m’y sentais en sécurité, en paix et en harmonie avec le monde.”