L'ambiguïté du jeu "qui affame les candidats tout en exigeant des exploits sportifs", est également pointée.

Malgré tout, "le concept n'apparaît pas menacé" même s'il faudra sans doute "établir de nouvelles règles", estime Virginie Spies, maître de conférence à l'Université d'Avignon et spécialiste de la télé-réalité.

Depuis 20 ans, les candidats participant à Koh-Lanta tentent de surmonter des épreuves sur une île déserte, avec le minimum vital.

La finale anniversaire mardi soir s'est terminée sans vainqueur, certains participants ayant manqué "au code d'honneur" du programme en se procurant de la nourriture "en dehors du cadre de jeu".

Dans un tweet posté dans la nuit et approuvé déjà près de 25.000 fois mercredi en fin d'après-midi, son présentateur Denis Brogniart a dit qu'il était "triste et déçu de ce dénouement".

"Mais il était impossible de procéder autrement compte tenu des manquements et des entorses au code d'honneur", a-t-il poursuivi. "Mais n'oublions pas ce n'est qu'un jeu."


Contre toute attente, la finale de Koh-Lanta n'a attiré que 4,4 millions de téléspectateurs (22,9% de part de marché), en seconde position après un téléfilm de France 3 sans tête d'affiche qui a engrangé 1,2 million de téléspectateurs de plus (25,1% de PDA).

Habituellement, Koh-Lanta s'adjuge la première place avec près de 6 millions de téléspectateurs, et des pointes proches de 7 millions. TF1 s'est malgré tout félicité des audiences en insistant sur les tranches d'âges réunies (42% des Françaises responsable des achats de moins de 50 ans, 56% des 4-14 ans).

"Le moteur de Koh-Lanta, c'est la faim !"

Pour la sémiologue Virginies Spies, auteure de "Télévision, presse people: les marchands de bonheur", cette finale ratée "ne sert pas du tout les intérêts de TF1".

"C'est un programme phare de la chaîne depuis 20 ans. La figure du héros est au centre du programme. La tricherie de certains candidats, c'est un accident industriel, mais TF1 s'en remettra avec sans doute des règles plus strictes, même si la prochaine aventure est déjà tournée", explique-t-elle.

"Koh-Lanta en a vu d'autres", poursuit Mme Spies, rappelant la mort d'un candidat en 2013 d'un malaise cardiaque le premier jour de l'aventure et le suicide quelques jours après du médecin du jeu ne supportant pas d'être mis en cause dans les soins apportés.

La société de production Adventure Line Productions derrière Koh-Lanta fournissait aussi à TF1 le jeu d'aventure "Dropped", dont le tournage avait été endeuillé par la mort de dix personnes en mars 2015. Six ans plus tard, ALP a été condamnée en appel pour "faute inexcusable".

"Au final, l'audience de mardi soir est loin d'être négligeable pour un programme dont le concept est pérenne depuis une vingtaine d'années", estime pour sa part Valérie Patrin-Leclère, enseignante-chercheuse au Celsa Sorbonne, l'école des hautes études en sciences de l'information et de la communication.

"Les soupçons de tricherie mettent clairement au jour toute l'ambivalence de ce programme, qui affame les participants tout en exigeant d'eux des prouesses sportives... Un programme de télé-réalité consiste à mettre les participants dans l'embarras, à leur faire vivre une expérience qui les déstabilise, pour fabriquer des tensions... Et le moteur de Koh-Lanta, c'est la faim!" estime la chercheuse.

Sans vainqueur cette saison, TF1 a décidé de verser l'intégralité du gain (100.000 euros) au Fonds pour la recherche médicale Bertrand-Kamal, du nom d'un ancien candidat mort d'un cancer du pancréas en 2020.