Les passionnés d’Histoire ne manqueront sous aucun prétexte la longue (1 h 50) fiction documentaire, que France 2 consacre ce soir à la Résistance.

Car le sujet est ici traité avec un incroyable souci du détail, en ce compris dans les reconstitutions historiques. Quand ce sont des acteurs qui incarnent ces héros, souvent tombés pour la France, les mots qu’ils prononcent sont ceux qu’ils ont dits, ou qu’ils ont écrits, dans des Mémoires. Les décors, les costumes, tout y est digne d’un long-métrage à gros budget. Et le commentaire, splendide, est dit de manière magistrale par Gaël Faye. Voilà déjà assez d’arguments pour se laisser porter par cette Histoire secrète de la Résistance. Mais il y a plus, évidemment. Il y a les destins de ces hommes et de ces femmes qui n’ont pas voulu courber l’échine devant l’envahisseur Allemand et qui, dès les premières heures de la Seconde guerre, se sont levés pour dire non.

Il y a Jean Moulin, bien sûr, figure phare de la résistance française, qu’il a organisée et unifiée au sein du Conseil national de la résistance. Puis Henry Frenay, dans un premier temps pétainiste et très critique vis-à-vis de De Gaulle, qui va fonder l’un des mouvements les plus importants de la zone libre.

À ses côtés, Berty Albrecht, une Alsacienne très engagée, qui crée un service social pour aider les prisonniers. Elle est arrêtée trois fois. La dernière, par Klaus Barbie. Elle ne dévoilera rien et se pendra dans sa cellule. Elle était l’amie, l’amante et le bras droit de Frenay, avec lequel elle a fondé Combat, le premier bulletin de la Résistance diffusé dans toute la France, y compris en zone occupée.

Moins connu, sans doute, Gilbert Renault. Celui-ci se rêvait producteur de cinéma, il va devenir agent secret. Ses informations vont changer le cours de la guerre, mais il perdra d’innombrables compagnons, comme Bernard Anquetil, petit prodige des transmissions radio, qui sera arrêté et exécuté au Mont Valérien, à 24 ans à peine.

Enfin, il y a George Beaufils, membre du Parti communiste, convaincu que ce sont des actions violentes et les attentats contre l’occupant qui sont les plus efficaces. Quelqu’en soit le prix.

Si ces cinq-là sont incarnés par des comédiens, L’histoire secrète de la Résistance rend hommage, en décrivant leurs actions et en les accompagnant dans leur lutte, à tous les autres. Ceux qui, au péril de leur vie, ont pris le maquis et ont dit non au STO, le service de travail obligatoire qui les envoyait en Allemagne. Le documentaire est aussi l’occasion de revoir comment le Maréchal Pétain, en particulier, a peu à peu cédé du terrain face à l’occupant. “Acceptez, comme je suis obligé de les accepter moi-même, les épreuves qu’on vous envoie. Ces épreuves sont terribles, mais elles seront d’autant moins terribles que vous n’y prendrez pas part”, dit-il, dans un discours applaudi à Nancy par une France alors encore largement antisémite, mais qui galvanise celles et ceux qui ont décidé de résister.

Il faudra du temps (et des moyens, dont il manque cruellement) pour que le mouvement s’organise. De Gaulle, parti à Londres avec 100000 francs, ne peut pas mettre la main au portefeuille. Les Anglais ne veulent pas, les Américains tardent à entrer dans le conflit. Pourtant, dans l’ombre, des vigies guettent et se battent.

Près de 500000 Français sont devenus résistants sur le tard. Le pays peut s’inventer un mythe”, conclut Gaël Faye. En un éclair, Hexagone, la chanson de Renaud, s’invite dans notre esprit. “Ils commémorent au mois de juin, un débarquement d’Normandie, ils pensent au brave soldat ricain qu’est v’nu se faire tuer loin d’chez lui, ils oublient qu’à l’abri des bombes, les Francais criaient “Vive Pétain”, qu’ils étaient bien planqués à Londres, qu’y avait pas beaucoup d’Jean Moulin.