En France, plus de 150 fugues de mineurs sont recensées chaque jour. “C’est énorme”, déclare Valérie Karsenti qui, dans La Fugue, se met dans la peau de Jeanne, une mère qui est anéantie par la disparition de sa fille, Chloé. Après une dispute, cette dernière a quitté le domicile familial pour un lieu inconnu. “Quand j’ai lu le scénario du téléfilm et que j’ai eu connaissance des chiffres, je me suis rendu compte que beaucoup de parents étaient concernés par le sujet. J’ai été très touchée par Jeanne. C’est une femme qui a l’habitude de tout contrôler et là, elle se sent impuissante, perdue.

“Il n’y a pas assez de mains tendues”

Pour façonner son personnage, l’actrice n’a pas ressenti le besoin d’aller à la rencontre de parents qui ont vécu ou qui vivent toujours la fugue d’un enfant. “La femme que j’incarne découvre au fur et à mesure comment fonctionne la brigade des mineurs et comment on signale une fugue. Je ne voulais pas être surinformée”, continue Valérie Karsenti qui précise toutefois qu’une psychiatre spécialisée dans l’adolescence en difficulté était toutefois présente sur le tournage pour répondre aux questions des comédiens. “Ce qui est terrible, c’est qu’en tant que parents, on puisse être autant démunis par rapport aux êtres que l’on aime le plus au monde. On s’enferme dans une incompréhension mutuelle et cela pousse à fuguer.

À travers ce téléfilm, Valérie Karsenti tient à pointer le doigt sur le manque d’informations à destination des jeunes en difficulté. “Quel que soit l’engagement de la brigade des mineurs, il est impossible qu’elle envoie une équipe pour chaque fugue. Tout simplement parce qu’il y en a trop. Il faudrait que le problème soit pris en amont, explique-t-elle.

“Il ne faut pas oublier que l’adolescence est une période d’extrême fragilité. Il y a beaucoup d’enfants qui se sentent incompris. Je trouve dommage qu’il n’y ait pas plus d’informations dans les écoles pour les protéger contre le harcèlement, la pédophilie, les agressions en tous genres. Il faut davantage accompagner les jeunes pour ne pas arriver à des actes graves comme le suicide, par exemple. Il n’y a malheureusement pas assez de mains tendues. Il faut écouter les enfants, les informer et les guider dans leurs droits.”