La friterie “J’ai la patate” en difficulté : “recommencer, c’est dur ! Mais je le ferais”

Le propriétaire du terrain a des projets. Alexandra doit plier bagage pour le mois de juin.

Jolan D'Hooghe
Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville
Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville ©DR/FB

Il en faut beaucoup pour battre Alexandra Carcan. Toujours le sourire aux lèvres, la détermination dans les yeux et la force de vaincre. Si ce n’est pas toujours facile de garder espoir, la patate, elle là ! L’amour de la frite, elle ne l’a pas eu tout de suite et est tombée dans le bain (d’huile) un peu par hasard. Esthéticienne, entrepreneuse, elle cultive le travail bien accompli. Elle possède son propre centre en plein cœur de Nivelles. En journée, elle s’occupe du bien-être corporel et le soir propose le fleuron de la gastronomie belge à de nombreux gourmands. Une histoire improbable qu’elle ne pensait jamais écrire un jour.

“Que tout le monde y trouve son compte”

Mais un certain virus venu de Chine à compliquer les affaires. Jugé “non essentiel” son travail d’esthéticienne a été arrêté net du jour au lendemain. “C’était compliqué de tenir durant cette période. Je me suis dit qu’en attendant, je pouvais faire quelque chose qui marche. Alors, je me suis posé la question : qu’est-ce qui marche en période de confinement, quand tout est fermé ? C’est là que j’ai trouvé : les frites !” Ni une, ni deux, Alexandra est partie à la recherche d’une petite affaire complémentaire à lancer, le temps que les vagues successives passent. Elle trouve une petite friterie en faillite, la Sartoise, à Villers-la-Ville, le long de la chaussée de Namur.

Une offre, un prêt à 120.000 euros pour remettre l’endroit au goût du jour, un leasing de 40.000 sur les friteuses et la voilà partie à l’aventure. “J’ai la patate” est né ! Le commerce est florissant. L’or belge contente les clients qui s’amassent en nombre dans la petite friterie. Beaucoup d’estomacs remplis mais aussi beaucoup de temps à y consacrer pour Alexandra. Car, entre-temps, le virus chinois a perdu de son entrain et a laissé place au retour du “monde d’avant”. Pas de perte de motivation de son côté, Alexandra poursuit sa lancée et reprend son premier travail : “il m’arrive de travailler 14 heures par jour”.

Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville
Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville ©DR/FB

Un travail difficile mais prenant. Et il y a toujours un investissement. Alexandra compte bien rembourser le prêt dans les années à venir. Mais avec 35 ans d’implantation, le problème ne devrait pas se poser. Galère mais toujours la frite ! Le souci pour Alexandra, c’est le lieu. La friterie est sienne mais pas le terrain, qu’elle loue. Le propriétaire de la terre a d’autres projets pour l’emplacement de la baraque. Jusqu’ici, et depuis 35 ans, le loyer est payé de main à main par le locataire.

Alexandra préférait changer de façon de faire dans l’idée de laisser une trace. Elle ne cache pas son objectif : revendre un jour son établissement. “J’ai trouvé un couple de passionné de la frite prêt à racheter. Je souhaite un couple car je sais à quel point c’est compliqué de gérer une telle affaire, seule. À deux, c’est plus simple et on peut se soutenir.” Sur cette demande, c’est là que débute le différend avec son propriétaire. Outre, le terrain de la friterie, il possède également un hangar et un bâtiment juste à côté. Sa volonté est de revendre l’ensemble à un entrepreneur pour que ce dernier puisse y construire des résidences et un parking.

Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville
Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville ©DR/FB

Au départ, il n’est pas question de toucher à la baraque mais l’entrepreneur ne serait pas de cet avis. Le verdict tombe donc rapidement pour Alexandra : partir avant juin 2023. Pourtant, elle est locataire de l’endroit. Les locataires ont donc des droits. C’est pourquoi, le dossier est entre les mains des avocats des deux parties afin de trouver un terrain d’entente. Alexandra ne veut pas s’attarder sur cet épisode : “si j’en parle aujourd’hui, ce n’est pas pour accuser qui que ce soit. Ce que je veux c’est trouver une solution, que tout le monde y trouve son compte”. Ce qu’elle attend, c’est un geste, une main tendue… Ou tout simplement : “du temps ! Le temps de récupérer mon investissement”.

“Recommencer, c’est dur ! Mais je le ferais”

Partir et après ? À chaque problème, sa solution dirait l’intéressée. Alors, il reste à déplacer la friterie. Elle y a réfléchi de nombreuses fois. Mais pour Alexandra, partir équivaut à tout recommencer. “Ça m’a pris du temps et de l’énergie… J’aime ce que je fais mais ma première passion c’est d’abord l’esthétique.” De plus, d’autres difficultés viennent s’ajouter, trouver un autre terrain ? Il y en a un peu plus loin mais personne n’arrive à trouver son propriétaire, même la commune. Tout déménager ? La baraque est mobile… mais après 35 ans au même endroit, c’est moins sûr. Et que faire des terrasses, et de la réserve ? Il faudrait tout démonter voire détruire. “Recommencer, c’est dur ! Mais je le ferais. Je n’aime pas l’échec, et je le prendrais personnellement comme ça.”

De bout en bout de la conversation, Alexandra ne laisse que peu paraître ses peurs. Elle préfère se consacrer sur ses forces, sur les solutions, arborant son large sourire. Elle est loin de se laisser abattre. Elle ironise même : “la solution parfaite, ce serait gagner à l’EuroMillions et racheter tout le terrain au propriétaire. Mais plus sérieusement, je serais prête à racheter ma partie.”

Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville
Friterie J'ai la patate à Villers-la-Ville ©DR/FB

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