WAVRE

Chaque année, 50 exploitants mettent clef sous paillasson

AGRICULTURE Chaque matin, le limalois Benoît Collet se lève à la première heure pour traire ses 120 vaches. Ensuite, il part s’occuper de ses champs pour ne terminer son travail que tard dans la soirée… Une activité qui l’occupe 24 h/24, 7 jours sur 7.

Pourtant, comme la majorité des 1.100 agriculteurs du Brabant wallon, il ressent pleinement les effets de la crise dans l’agroalimentaire. “Aujourd’hui, le prix des céréales est au plus bas” , explique cet agriculteur de 48 ans. “Financièrement, c’est devenu très difficile. J’ai d’ailleurs encouragé ma femme à avoir un travail externe pour avoir une autre rentrée financière. Car une exploitation dans laquelle les deux membres du couple travaillent n’est plus viable à l’heure actuelle.”

En 1980, la Wallonie comptait 38.000 exploitations agricoles. Aujourd’hui, ce chiffre est de 15.500. Et le Brabant wallon n’est pas épargné. Chaque année, une cinquantaine d’agriculteurs de la province cessent leurs activités sans que leurs exploitations soient reprises.

Principalement à cause des nombreuses contraintes en Brabant wallon. Et notamment le phénomène nimby . “Les gens veulent des produits de terroir mais achètent du 1er prix au supermarché” , peste Pierre Houbotte, président de la chambre provinciale d’agriculture. “Ils veulent des fermes pour montrer les animaux aux enfants mais refusent qu’il y en ait une près de chez eux à cause du bruit et des odeurs…”

Benoît Collet vit ce phénomène au quotidien. Encerclée par des lotissements, son exploitation apporte son lot de désagréments pour les riverains. “On doit s’intégrer aux lotissements” , explique-t-il. “Des odeurs, il y en a. C’est inévitable. Mais je m’efforce à diminuer leur importance. Lorsque les gens viennent habiter ici, ils regardent le paysage. Les remarques n’arrivent qu’après, quand ils voient les vaches et que les mouches arrivent… J’ai l’impression qu’on n’a plus notre place en Brabant wallon.”

L’urbanisation à tout va est également un problème pour rejoindre les terres de culture. “C’est très difficile de vivre à côté d’un lotissement” , explique Benoît Collet. “On y installe des chicanes pour y réduire la vitesse sans prendre en compte l’avis des agriculteurs. Résultat, les tracteurs ne passent plus. Si on continue dans ce sens, ce n’est pas une disparition d’exploitation par semaine que l’on aura, mais bien plus. J’ai un fils et je ne voudrais pas le voir reprendre une exploitation agricole aujourd’hui.”

Le coût des terrains explique aussi la disparition progressive des agriculteurs. “C’est un investissement trop important pour les jeunes qui veulent reprendre une exploitation” , confie Christiane Mauen, qui tient une ferme didactique à Beauvechain. “Certains terrains sont inabordables. Notamment à Chaumont-Gistoux, Wavre ou Waterloo. Pour s’en sortir, il faut qu’un membre du couple travaille à l’extérieur. Or, pour faire fonctionner une exploitation, il faut de la main-d’œuvre… “

Le métier d’agriculteur ne fait donc plus rêver. “Les agriculteurs sont particulièrement déroutés par la crise” , affirme Pierre Houbotte. “Nous avons des atouts extraordinaires mais nous sommes très mal rémunérés. Pourtant, la société a besoin d’agriculteurs. Sans eux, elle n’a pas d’avenir.”



© La Dernière Heure 2009