Brabant wallon

Etienne Hubin, photographe amateur, globe-trotter et professeur en secondaire, vit dans le Brabant wallon depuis sa naissance. Passionné de voyages et de photos, il transmet dans un très beau livre ses impressions glanées aux quatre coins du globe !

Professeur au lycée de Mater Dei à Woluwe-Saint-Pierre depuis 23 ans, Etienne Hubin enseigne l’étude du milieu en deuxième secondaire, l’histoire de la troisième à la rhéto et la religion en cinquième et sixième. 

Enfant, le Wavrien reçoit un livre sur l’œuvre d’Ella Maillard, écrivaine et photographe suisse qui le passionne. C’est le point de départ d’une soif de clichés toujours inassouvie.

"Ma passion pour la photo se sépare en deux grandes parties : photographe nature et photographe voyageur. C’est tout à fait complémentaire. C’est ici et ailleurs. L’unité de lieu est très importante dans mon approche", explique l’enseignant. Et pour voyager, le Brabançon a déjà voyagé du haut de ses 51 ans ! Iran, Inde, Afrique du sud, Mauritanie, Zimbabwe, Syrie, Jordanie, Cambodge, Laos, Népal, Chili… A chaque fois, il en a ramené des souvenirs plein la tête et des tonnes de pellicules.

Votre région d’origine est aussi une source d’inspiration sans fin…

"Le lieu dans lequel j’ai toujours habité depuis ma naissance est extraordinaire. Je suis né dans la vase, dans la boue, entouré d’étangs. La photo me permet de faire partager cette grande solitude qu’est celle du photographe à l’aube dans les brumes d’un point d’eau… Durant sept ans j’ai photographié, dans mon Brabant wallon natal, tous les matins le même étang à Wavre… Pour le moment, en début de journée, je travaille sur un paysage à Corroy-le-Grand et le soir sur un même arbre à Tourinnes-Saint-Lambert."

Partager vos photos avec le public est un processus important pour vous ?

"C’est la principale raison de mes nombreuses expositions et conférences. Les gens croient toujours que j’ai capturé l’image d’un animal à l’autre bout du monde… Mais pas du tout, cela a été réalisé à deux pas de chez eux. Ils ne le voient tout simplement pas…"

Existe-t-il un lien entre les matières que vous enseignez et votre passion ?

"Ce qui m’intéresse dans mes périples de par le monde, c’est la rencontre avec l’autre. Dans l’enseignement, le plus important à mes yeux n’est pas le programme mais la manière de transmettre. Confronter la jeunesse d’une école protégée comme Mater Dei à la réalité du monde. Depuis l’hiver dernier, je me rends régulièrement à Calais. Nous en parlons en classe. J’essaie de les conscientiser, de leur donner des clés pour comprendre, des points de réflexion … En ayant été sur place, je peux leur transmettre un certain vécu. Mon unique but est de faire changer les perceptions à mon échelle car je m'y suis rendu et j'ai rencontré ces gens. C’est valable aussi lorsque je vais à l’étranger et que je me frotte à une autre religion par exemple… Je suis un relais !"

© Etienne Hubin

Etienne Hubin


Vous êtes un peu journaliste-reporter, dès lors ?

"Dans le fait de relayer des informations sans rien cacher oui… Mais si on prend l’exemple de Calais, de nombreux médias y vont avec des intentions de voyeurisme, de sensationnalisme. Je n’y vais pas pour faire un safari dans la jungle de Calais. J’explique au migrant pourquoi je souhaite faire telle ou telle photo. Et surtout, je lui parle."

Une photo peut-elle encore avoir de l’impact sur l’opinion publique ? Malgré le flux incessant de photos sur les réseaux, via les seflies notamment… Le petit Aylan est la preuve que c'est encore possible

"Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cette photo même. Elle m’a interpellé comme elle a touché toute l’Europe confrontée à la crise migratoire. C’est beaucoup moins vrai pour le monde arabe ou les Etats-Unis. C’est le symbole de l’enfant qui reste l’une de nos plus grandes certitudes dans notre société. A Calais, il y a de nombreux petits enfants livrés à eux-mêmes… C’est tout aussi épouvantable. J’ai pris une photo d’une poupée abandonnée dans le camp. A qui appartenait-elle ? Quelle petite fille a joué avec ? Où se trouve-t-elle maintenant ? La mort n’est pas l’unique déclencheur d’émotions... Pour les jeunes, mon rôle est aussi de leur expliquer ce qui est hors cadre, ce qui ne se voit pas sur la photo. "

Qu’est-qui vous pousse à privilégier telle ou telle destination pour assouvir votre passion ?

"Souvent des lectures me donnent le goût, l’envie de m’y rendre… Parfois, le simple nom d’un pays me fait rêver. L’an passé, je me suis rendu en Arménie car je trouvais qu’on en parlait peu. Bon, il a plu toutes les vacances mais j’ai rencontré des personnes formidables. Cette année, ce sera la Géorgie, pays frontalier de l'Arménie. Ensuite, ce sera direction la Mongolie… Je suis longtemps resté bloqué sur l’Inde. Je m’y suis rendu à huit reprises ! J’ai aussi adoré le Moyen-Orient. Je rêve de pouvoir retourner un jour en Syrie…"

En 2015, vous avez publié Ailleurs, un livre d’images et de textes d’impressions de vos périples. C’était un besoin ?

"A 45 ans, je me suis demandé, si je venais à disparaître, quel serait l’héritage réel de mes milliers de photos. J’ai mis six ans à réaliser des choix artistiques. Le tri n’a pas été évident car il a fallu renoncer. J’ai aussi voulu accompagner mes photos de textes qui sont plus dans l’émotion, l’état d’âme que dans la prose littéraire. Je l’ai fait en auto-édition. Le livre est sorti l’année de mes 50 ans."

Etienne Hubin, Ailleurs Carnet de voyages. 2015.


Pour la DH, Etienne Hubin a sélectionné dans l’ensemble de sa production photographique deux clichés qui lui tiennent à cœur. Il a pris le temps de nous en expliquer le contexte.

© Etienne Hubin

Etienne Hubin

1. "La première photo a été prise à Sanchi, en Inde. Ce vieux monsieur s’approche de moi mais me regarde sans me voir. Je lui demande si je peux prendre la photo mais reste sans réponse de sa part. Je fais rarement une photo sans l’assentiment d’une personne. Cette fois-là, je déroge à mes principes… J’apprendrai ensuite que ce type est fou… Il est ailleurs car il a perdu sa femme et ses enfants dans la catastrophe de Bhopal en 1984. Sa vie s’est arrêtée psychologiquement à ce moment-là. Trente ans plus tard, il ère et protège toujours sa bouche des gaz mortels avec un bout de tissu dérisoire… Derrière une photo classique, qui n’est pas trash, il y a tout le drame d’une vie. C'est cette scène qui m'a soufflé le nom de mon livre."

© Etienne Hubin

Etienne Hubin

2. "C’est l’image d’un manuscrit sacré prise dans un monastère bouddhiste au Ladakh, en Inde. Après trois jours de marche et sous -30 degrés j’ai frappé à une porte en bois ne sachant pas si on m’ouvrirait. Un moine m’a accueilli et installé pour le temps que je souhaitais dans le monastère sans me poser la moindre question. Je n’étais pas un fils d’agriculteur, un père de famille, un Belge, un photographe amateur, un enseignant... J’étais un humain. Déstabilisé dans un premier temps, j’ai passé une semaine sur place sans prendre de photo. En partant, j’ai demandé comment je pouvais les remercier. Les moines m’ont simplement demandé d’immortaliser les textes sacrés. J’ai pris la photo sans y prêter attention. Quelques temps après, je me suis rendu compte qu’une main se trouvait sur le portrait. C’est la présence de l’homme. Anonyme… C’est formidable d’être un moment libéré de toutes les étiquettes qu’on nous colle sur le dos."

Le site d'Etienne Hubin pour suivre son actualité et voir quelques superbes photos de ses périples !