LOUVAIN-LA-NEUVE

L’agriculture actuelle pourrait augmenter le risque d’inondations

ÉTUDE Les inondations qui se sont produites ces derniers mois en Brabant wallon, notamment à Lasne ou Court-Saint-Etienne, où elles furent particulièrement importantes, sont sans doute dues à une urbanisation croissante de la province, combinée à des intempéries exceptionnelles. Mais elles pourraient aussi être la conséquence de l’évolution de l’agriculture, selon une étude de l’UCL, subsidiée par la Région wallonne.

Esther Goidts et Bas Van Wesemael, deux chercheurs de l’Earth and Life Institute de l’UCL, se sont penchés sur l’évolution du stock de carbone organique dans le sol (COS), entre 1960 et nos jours. Et il apparaît que, si ce stock a augmenté de 1,3 % en moyenne en Belgique, il a surtout diminué de 8 % dans les terres arables. “Dans les régions limoneuses telles que le Brabant wallon, le taux de carbone organique a fortement diminué dans les terres cultivées” , confie Bas Van Wesemael.

Selon le chercheur, c’est sans doute dû à l’évolution de l’agriculture devenue plus intensive et beaucoup moins diversifiée que par le passé.

“Avant, on cultivait beaucoup plus de céréales telles que le blé. La paille récoltée servait alors de nutriment pour le sol et du fumier était répandu sur le sol. Aujourd’hui, on cultive d’autres ressources telles que la betterave, dont les fanes se dégradent très vite et nourrissent donc peu la terre. Tandis que nombreux sont les agriculteurs qui n’ont plus de bêtes et n’ont donc plus de lisier ou de fumier à épandre.”

Résultat : ces terres arables sont moins riches en matière organique qu’auparavant et ne parviennent plus à séquestrer suffisamment de carbone qui augmente donc, sous forme gazeuse (CO2 ), dans l’atmosphère et contribue au réchauffement climatique, qui se manifeste par des précipitations plus importantes. Tandis que les terres amoindries en carbone organique deviennent imperméables à l’eau. Celle-ci ne parvient donc plus à s’infiltrer dans le sol et augmente donc le risque d’inondations.

Selon Bas Van Wesemael, changer les pratiques agricoles actuelles en promouvant les cultures mixtes ou intercalaires (moutarde et colza, entre autres, peuvent être cultivés en hiver) pourrait faire évoluer le schmilblick.

D’autant que cela serait aussi bénéfique pour les agriculteurs. “Un sol qui contient plus de carbone organique est beaucoup plus fertile – les plantes grandissent plus vite et mieux – et absorbe mieux l’eau de pluie. C’est un partenariat win-win.”



© La Dernière Heure 2010