Il va falloir se compter", avait prévenu le député wallon André Antoine (LE). Le décompte ne lui aura pas été favorable. Après 100 minutes de débat, sa proposition de résolution a été rejetée par la majorité.

Que demandait le député ? Que la Région wallonne s’oppose formellement à la destruction du viaduc Herrmann-Debroux, à tout le moins jusqu’à ce que des solutions alternatives soient mises en place.

Le gouvernement bruxellois a approuvé définitivement le plan d’aménagement directeur (PAD) pour la zone Delta - Herrmann-Debroux, le 28 mars 2022. L’ambition principale de ce plan est de réaménager l’axe de l’autoroute E411 venant de Namur en boulevard urbain. Cela passe par une démolition du viaduc Herrmann-Debroux.

Le manque de concertation et le manque de réactions de la Région wallonne étaient critiqués par le député Antoine. Mais aussi par des députés de la majorité, parmi lesquels Jean-Paul Wahl (MR) et Dimitri Legasse (PS).

Même sans laisser planer le moindre doute sur l’issue de son vote, Jean-Paul Wahl partageait l’avis d’André Antoine sur certains points : "Sur la loyauté fédérale, les Régions bruxelloise et flamande ont souvent fait preuve de légèreté, d’un certain manque de correction." Pour le Jodoignois, la proposition de résolution défendue par le Perwézien "manquait de pertinence puisque la concertation réclamée est prévue".

Jean-Paul Wahl reconnaissait sans peine que les différents partenaires de la majorité régionale MR-PS-Écolo n’avaient pas tous le même point de vue et il moquait le député Laurent Heyvaert (Ecolo) qui estime que la démolition du viaduc pourrait faire baisser le nombre de véhicules à cet endroit : " Quand il n’y aura plus de route, il n’y aura plus d’embouteillages. Mais, bien sûr, comment n’y a-t-on pas songé plus tôt ?" Mais ce sera là le seul tiraillement dans la majorité.

" Je n’ai pas de souci à ce qu’on supprime le viaduc, a poursuivi Jean-Paul Wahl. Je n’ai pas de point de vue. Je ne suis pas assez spécialiste en la matière. Ce que je ne souhaite pas, c’est que l’on prenne une mesure sans en avoir mesuré toutes les conséquences. Ce que je ne tolère pas, c’est qu’il y ait eu au niveau bruxellois un mépris pour la Région wallonne."

" On doit entendre la volonté bruxelloise de transformer le viaduc en boulevard urbain, de faire leurs choix pour eux-mêmes dans leur région, enchaînait Dimitri Legasse. Mais nous sommes tous d’accord pour dire que cette décision n’est pas sans conséquences. Et comme la voiture ne disparaîtra pas demain, il est essentiel qu’on se concerte. Mais cette concertation est bien prévue. Il nous faudra être vigilants, exigeants, attentifs. Il nous faudra aussi prévoir des dispositifs alternatifs."

La proposition de résolution d’André Antoine était donc jugée "sans objet" par le Rebecquois.

Pas de réaction à l’enquête publique

Le député Laurent Heyvaert (Ecolo) défendait l’action de "son" ministre, Philippe Henry (Ecolo) : " On ne peut pas dire que les alternatives n’existent pas. Au niveau des lignes express, le ministre a fait son travail ; au niveau du réinvestissement dans les Tec, le travail est fait. Concernant la poursuite du RER, la ligne qui correspond au viaduc Herrmann-Debroux existera en 2026."

Se disant une nouvelle fois étonné des interventions tardives des uns et des autres, le Tubizien profitait de son intervention pour encourager les autres députés à consulter le projet bruxellois, disponible depuis quatre ans.

Le ministre wallon de la Mobilité, Philippe Henry, répétait que la concertation était bel et bien prévue, conformément à la décision du comité de concertation (Codeco).

Le ministre reconnaissait toutefois : " Il est vrai que la Région wallonne ne s’est pas exprimée dans le cadre de l’enquête publique. Mais je ne vois pas comment on peut défendre que l’idée de diminuer des infrastructures de cette importance dédiées à la voiture jusque dans le centre de Bruxelles serait incompatible avec la stratégie wallonne. Par contre, il est tout à fait évident que des alternatives doivent être réalisées. Et, ça, nous allons le discuter lors des réunions qui sont prévues. Nous allons planifier et mettre en œuvre l’accès cyclable à Bruxelles, nous allons aborder les questions du RER, des P + R, d’autres infrastructures de transport en commun ou des parkings de délestage. Toutes ces pistes - wallonnes, bruxelloises et fédérales - doivent s’additionner."

Après l’approbation définitive du PAD et après une nouvelle vague de protestations de députés wallons, le ministre-Président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), précisait, au Parlement bruxellois, que la Région wallonne n’avait fait aucune remarque sur la démolition du viaduc Herrmann-Debroux. Ce que le ministre Henry a donc confirmé, ce lundi au Parlement wallon. Le ministre wallon Willy Borsus (MR) avait pourtant, entre-temps, jugé l’affirmation de Rudi Vervoort "scandaleuse", affirmant que la position de la Région wallonne était bien connue des Bruxellois.

Ce qui faisait dire au député André Antoine, après avoir vu sa proposition de résolution, que ses opposants du jour n’adoptaient pas le même ton à l’intérieur et à l’extérieur du Parlement wallon.