La situation alarmante à la maison de repos Nos Tayons avait fait grand bruit début juin. En l’espace de quelques semaines, douze décès liés au Covid-19 avaient été dénombrés parmi les résidents de ce home de Nivelles, dont 97 % sont vaccinés. Face à cette situation exceptionnelle, la ministre de la Santé avait demandé qu’une enquête épidémiologique soit menée pour comprendre ce qui s’est passé.

Pour mener cette enquête, des tests PCR à intervalles réguliers, des prélèvements d’air et des tests sanguins ont été réalisés durant plusieurs semaines. Ce qui a permis de démontrer, notamment, que les résidents vaccinés ont bel et bien développé des anticorps. "Ces personnes avaient un profil sérologique qui correspondait à un patient qui avait reçu le vaccin, confirme le médecin microbiologiste Emmanuel André, membre du comité scientifique qui a piloté cette enquête. On n’a pas de raison de penser que l’efficacité vaccinale aurait fortement chuté en quelques mois, depuis l’injection en janvier."

Mais cette réponse immunitaire n’a pas empêché une majorité de résidents de Nos Tayons d’être infectés par le virus. Au total, 72 des 119 pensionnaires ont été testés positifs et sur les 51 tests séquencés, 47 relèvent du variant delta. Parmi eux, 60 % étaient symptomatiques. Il n’y a eu qu’une seule souche de variant alpha (ou anglais), relevée parmi le personnel (dont 73 % des membres étaient vaccinés). 

Les résidents décédés étaient très âgés et atteints de comorbidité. Il restait en outre plusieurs personnes très fragiles, jusque-là épargnées par le coronavirus, puisque la maison de repos n'a pas vraiment subi les deux premières vagues. "On a par ailleurs pu constater chez un certain nombre de patients décédés un ‘choc cytokinique’, une réponse inflammatoire très importante qui a contribué à leur décès, explique le microbiologiste. Chez certaines personnes, le virus stimule l’immunité, des lymphocytes ou des anticorps, mais chez d’autres, cela provoque une réaction inflammatoire paradoxalement très importante. Ce type de réaction peut survenir chez des personnes vaccinées et non vaccinées."

Les experts du comité sont toutefois formels : sans le vaccin, le nombre de décès aurait été bien plus important encore. Car on parle ici de populations souvent fragiles, immunodéprimées et donc à risque qui, malgré le vaccin, peuvent être plus facilement infectées par le virus. "On sait que le vaccin est efficace à 90 % contre les formes graves du virus, rappelle Jean-Michel Dogné, directeur du département pharmacie de l’université de Namur, et membre du comité scientifique. Mais même si l'on est vacciné, on peut être infecté et on peut avoir des décès parmi la population plus fragile. Quand il y a un cluster assez lourd comme ici, la vaccination réduit toutefois de manière significative le risque de décès et la symptomatologie."

Pour éviter de tels scénarios à l’avenir, les experts plaident pour un maintien et une vigilance accrue des mesures sanitaires dans les maisons de repos, même après la campagne de vaccination, notamment une aération fréquente et une réaction immédiate dès les premiers symptômes.