Grez-Doiceau, vendredi 16 juillet, 21 heures. Les sirènes des services de secours, les moteurs des camions communaux et ceux des automobilistes tentant vaille que vaille de se rendre chez eux ou de venir en aide à un proche se sont tus. 24 heures après la catastrophe, le village a retrouvé son calme. Mais les stigmates sont bien là. Un peu partout, le long de la vallée du Train, la rivière qui traverse la localité, le bruit des pompes à eau se fait entendre depuis les caves. Elles déversent inlassablement des litres d’eau depuis des heures, comme si elles vidaient un puit sans fond.

Les rues touchées par la montée des eaux, qui par endroits ont flirté avec le mètre de haut, sont en cours de nettoyage. Certaines ont retrouvé un aspect presque normal. Seules quelques traînées de boue plus ou moins séchées trahissent ce qui s’est joué la veille.

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D’autres, par contre, sont encore inaccessibles. C’est le cas du carrefour entre les rues Lambermont, Comte Jean Dumonceau et de la Barre. L’endroit est toujours impraticable en raison de la terre qui s’y est amassée. Il faudra du temps pour lui rendre son aspect d’antan.

Désolation totale

Et puis, il y a toutes ces rues jonchées de tas de déchets. Des meubles, des matelas, des objets en tous genres, définitivement perdus, abîmés par l’inondation. On ne compte plus les frigos, les fours micro-ondes et autres vélos d’interieurs entassés devant les maisons où le Train s’est invité. Il y en a littéralement partout dans le clos du pont d’Arcole qui jouxte la rivière à un des points les plus bas du village.

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Dans le jardin du château de Grez aussi s’étalent les mêmes meubles et objets du quotidien. On les voit à travers les feuilles de la haie. Les habitants s’activent à trier ce qui peut être récupéré de ce qui est irrémédiablement perdu.

Dans le centre, la désolation est totale rue du Waux-Hall. C’est presque une image de guerre qui vient à l’esprit lorsqu’on voit l’état de la chaussée, les empilements d’éléments de mobilier devant les façades et le container plein à craquer qui reçoit ces tranches de vies devenues autant d’encombrants.

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Un élan de solidarité

Et puis, rue du Pont-au-Lin, en face de l’école communale, une scène presque surréaliste s’offre à qui passe par là. Ils sont une bonne dizaine de part et d’autre de la chaussée, bière à la main, devant un barbecue. L’ambiance est de plus décontractée. Ça sourit, ça rigole même. Étrange contraste lorsqu’on sait que quelques heures plutôt, les lieux étaient sous eaux.

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Ils ne sont pas tous Gréziens mais ils sont venus en aider un, Xavier. Xavier tient le Grez du Train, un restaurant bien connu du village. Cette inondation, il en paie le prix fort. Non seulement son futur restaurant a été dévasté par les flots mais sa maison l’a également été. Et c’est pour en dégager la boue que ses amis sont venus lui prêter main-forte. À coups de pompes à eau et surtout beaucoup d’huile de coude, ils ont sué pour venir à bout de tout ce qui encombre la cave et le rez-de-chaussée de l’habitation.

Xavier a tout fait pour éviter le pire. La veille, dès l’aube (ou presque), voyant le niveau alarmant de la rivière, il est allé chercher des sacs de sable au dépôt communal. De quoi faire un rempart d’une bonne quarantaine de centimètres. Pas de chance, l’eau en a atteint une cinquantaine… Et quand bien même, elle s’est aussi invitée par l’intérieur, en remontant dans les toilettes et autres grilles d’évacuation. face à la puissance de l’eau, il n’y a rien à faire d’autre qu’attendre que cela passe…

Une bière et un barbecue

Xavier aurait de quoi pleurer toutes les larmes de son corps. Pourtant, il est débonnaire devant sa maison, une bière à la main. C’est comme ça, il n’y a rien à faire d’autre que nettoyer dit-il philosophe. À ces amis venus l’aider pendant toute la journée, il a offert un barbecue. “Le congélateur est mort et il était plein. Autant manger les choses plutôt que de les jeter”, dit-il avec le sourire. Pour peu, il ajouterait “et passer un bon moment”.

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Marc dit "pompier" à gauche et Xavier, le restaurateur, à droite

Marc, dit “pompier” parce que c’est un ancien pompier, fait partie de cette dizaine de personnes venues aider le restaurateur. Sa maison n’a pas été touchée, alors pas question de laisser tomber les copains. “J’ai 67 ans. Ça fait 5 ans que je n’ai plus fait d’exercice comme ça, dit-il sans se plaindre. Je n’ai pas arrêté de passer la raclette à l’intérieur. Tout à l’heure, quand j’ai voulu me relever, j’avais mal partout, j’y arrivais à peine.” Ce n’est cependant pas ça qui l’empêchera de trinquer avec son ami Xavier et de continuer à lui apporter son aide. Et quand on vient leur demander ce qu’ils font là, la première chose qu’ils vous proposent, c’est de boire une bière avec eux pour vous raconter la mésaventure.

Ainsi va la solidarité dans un village inondé du Brabant wallon.