Marina Ovsyannikova est devenue citoyenne d’honneur de la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. Ainsi en ont décidé les élus, à l’unanimité, lors du conseil communal de mardi soir.

Marina Ovsyannikova est cette femme russe de 44 ans qui, le 14 mars dernier, a fait irruption lors du JT du soir de la plus importante chaîne de télévision russe, Perviy Kanal, pour brandir une pancarte dénonçant la guerre en Ukraine et la propagande russe. La journaliste et productrice au sein de cette chaîne d’État a ensuite été arrêtée, condamnée à payer une amende et libérée. Mais elle reste sous la menace d’une procédure pénale qui pourrait la voir condamnée jusqu’à 15 années de prison.

"Quand un homme ou une femme se lève pacifiquement pour dénoncer une injustice avérée au péril de sa vie, il est de notre devoir de citoyen et d’élu de se lever et de l’entourer de notre solidarité", a souligné Stéphane Vanden Eede (Kayoux, minorité), à l’initiative de cette adoption.

"Aucune preuve d’une manipulation par le régime russe"

Il a reconnu ne pas savoir ce qu’elle avait fait ou pensé en 2014 lors de l’invasion russe en Crimée. Mais " aujourd’hui, elle dénonce les erreurs de sa chaîne de télévision qui, dit-elle, auront contribué à faire de ses compatriotes de véritables zombies".

L’élu anticipe:"Serions-nous manipulés par le régime russe qui aurait organisé cette mise en scène pour démontrer qu’il existe en réalité une liberté d’expression? Aucun élément probant à cette heure n’est venu le confirmer. Et à tout choisir, il vaut mieux être abusé aux côtés de Rosa Parks, Julian Assange, Jean-Pascal Van Ypersele ou Marina Ovsyannikova que de se réfugier, par excès de prudence, dans une forme de silence où s’alimentent et prospèrent toutes les injustices."

Stéphane Vanden Eede a encore rappelé que la Ville était une des communes wallonnes la plus engagée au niveau de la défense des droits humains. Sous l’impulsion de la Section 54 d’Amnesty International, la Ville a soutenu Ingrid Betancourt (Colombie), Aung San Suu Kyi (Birmanie) –"quand elle était prisonnière politique" -, Amaya Coppens (Nicaragua) ou encore Atena Daemi (Iran) notamment.

"Je vois une dame qui a dit stop à la guerre sur une chaîne publique russe"

Et si cette action symbolique de la Ville peut paraître vaine et dérisoire, le porte-voix de Kayoux a rappelé que"quand on veut provoquer un effet de boule de neige, il faut qu’un premier flocon se détache, aussi infime soit-il".

Pour le collège, Abdel Ben El Mostapha (PS), l’échevin des Droits humains, a pris la parole: "Vrai ou pas, on peut se poser la question. Mais moi, je vois une dame qui a dit stop à la guerre sur une chaîne publique russe. Rien que pour ça, nous soutiendrons le point."

Du côté d’OLLN2.0-MR (minorité), Nicolas Van der Maren n’a pas caché que ce point rajouté avait fait débat au sein de son groupe et que certains trouvent la démarche précipitée.

"Pourquoi elle et pas les nombreux autres journalistes emprisonnés et assassinés dans le monde? Quid des héros de la résistance ukrainienne? Ne devraient-ils pas tous être citoyens d’honneur de notre ville? Et pourquoi pas de Bruxelles et de toutes les autres villes de l’Union européenne?"

Et d’espérer que la démarche de Kayoux soit sincère et pas une tentative de récupération politique et médiatique."Mais j’ai envie de croire en la démarche."

Le chef de file d’OLLN2.0-MR souhaite aussi que la Ville intensifie ses actions de sensibilisation au respect des libertés fondamentales.

De son côté, Dani Mia (OLLN2.0) a dit craindre que ce titre ne se retourne contre Marina Ovsyannikova, le régime russe pouvant considérer qu’elle a des amis en Occident."Ce qui n’est jamais bon dans ce genre de pays."

Le point à Incourt aussi

Ajoutons que ce mercredi soir, la Commune d’Incourt devrait aussi faire de la journaliste russe une citoyenne d’honneur. L’idée au départ vient d’ailleurs de l’échevin incourtois Benoît Malevé, a précisé Stéphane Vanden Eede. La motion d’Incourt, mieux rédigée selon OLLN2.0-MR, avait d’ailleurs les préférences des libéraux.

Au final, le point a été voté deux fois. N’ayant pas vu de mains se lever, Stéphane Vanden Eede a souhaité que ce soit le cas, voire que les élus se lèvent pour marquer plus fortement encore leur vote. Il aura obtenu les mains levées.

L’ambassade de Russie sera informée de la remise de ce titre de citoyenne d’honneur.

En début de séance, les élus ont aussi respecté une minute de silence (30 secondes en réalité) en faveur de la paix et de la liberté.