La ferme dédiée à l’événementiel fait face à un voisin mécontent et à la commune.

La ferme du Bon Dieu Qui Croque à Haut-Ittre est l’une des nombreuses anciennes fermes du Brabant wallon rachetées par des particuliers. Et si les anciennes activités agricoles ont laissé place à des mariages, anniversaires, fêtes pour enfants et autres thés dansants, le cadre et le cachet des lieux est toujours bien présent. Un petit havre de paix pour Julie Pierrin et sa famille, qui s’y sont installés en août 2017.

Dès le départ, le challenge consistait à régulariser les lieux. "Quand on a acheté, on était conscients des nombreuses fraudes urbanistiques déjà présentes. Mais l’ancienne majorité et la Région wallonne nous avaient alors rassurés. " La Région validera d’ailleurs la demande de permis d’urbanisme (régularisation) - sous conditions - le 29 août 2019.

La fin des tracas pour la ferme ? Non, car entre-temps, leur voisin aura entrepris une action en justice qui aboutira en mars 2019. Elle leur interdit d’exploiter les lieux sous peine d’une astreinte de 2 000 euros par événement organisé. Ensuite, c’est la commune d’Ittre qui a introduit un recours contre le permis obtenu (le 30 septembre). Une attitude que Julie Pierrin ne comprend vraiment pas.

L’attitude du voisin, elle, était plus prévisible. "Il est totalement contre l’événementiel, continue Julie Pierrin. Il nous l’a dit et on sait qu’il nous pourrira la vie tant qu’on n’aura pas abandonné. Mais il s’agit de notre projet de vie. On va se battre et on continuera à vivre ici de toute façon." Les reproches adressés sont multiples. " Ça concerne les soirées, mais je ne les organise pas, on ne fait que louer la salle. Il se plaint aussi des parkings sauvages, des fumées de cigarettes, du bruit, d’un trop grand nombre d’invités aux mariages. Mais tout est strictement réglementé et contrôlé, je n’ai rien à cacher. Autant de plaintes et pourtant, il n’a jamais fait venir la police ."

En attendant, l’interdiction d’exploiter les lieux empêche Julie Pierrin de se projeter dans l’avenir. " On a tout arrêté, sauf les mariages - prévus de longue date - car on n’allait pas ruiner le plus beau jour de leur vie à un couple. Ce qui nous vaut déjà plus de 15 000 euros d’amende. Mais désormais, on ne sait plus en rajouter de nouveaux au vu de l’incertitude. Et il faudra bien un an avant de relancer la machine si on obtient gain de cause, comme on l’espère ."

"Une ferme, pas une salle de fête"

Ironie de l’histoire, c’est Frans De Bolle, le voisin, qui a vendu la ferme à Julie Pierrin. " J’ai vendu une ferme en zone agricole, confirme ce dernier. Pas une salle de fêtes. S’ils décident d’y créer un manège, je n’ai rien contre. Mais une salle de fêtes, ce n’est tout simplement pas adapté à l’endroit. Sans parler des soirées un peu olé olé (que Julie Pierrin n’organise pas, elle loue la salle, NdlR). Il y a un manque de parkings, le chemin d’accès est trop petit et ils n’ont pas les permis d’exploitation requis. Ils parlent d’une salle de fêtes de 150 personnes, mais elle peut en accueillir 300 facilement".

Avec tous les désagréments que ça peut engendrer : parking sauvage, bruit, bouteilles dans sa haie, préservatifs, etc. Autant de raisons qui l’ont poussé à introduire sa citation en justice. " Et j’ai déjà envoyé un recours au Conseil d’État. C’est quand même fou de voir qu’ils continuent d’organiser des événements alors que la justice le leur interdit. Ils ne parlent que de mariages, mais il n’y a pas que ça, j’ai des preuves. "

L’octroi du permis par la Région avait énormément surpris Frans De Bolle. " En 2014 et 2015, ça avait déjà été refusé (avec d’autres propriétaires). Ici, tout était contre eux et en une semaine, le vent a tourné, c’est très bizarre. Surtout que si au départ il y avait déjà 8 infractions urbanistiques, il y en a à présent 15. Je suis étonné qu’elle s’acharne. Mais je trouve aussi scandaleux de devoir faire ça moi-même pour quelque chose qui coule de source. La commune a laissé faire pendant des années, et maintenant, on en est là ."

La Commune prise entre deux feux

Comme expliqué, la commune d’Ittre a introduit un recours devant le gouvernement wallon contre le permis accordé à la Ferme du Bon Dieu Qui Croque. "Le problème c’est qu’on est pris entre deux feux, entre le voisin et la ferme. Avec ce recours, on veut simplement protéger les intérêts de la commune, explique Christian Fayt, le bourgmestre. Les règles doivent être les mêmes pour tout le monde. On parle ici de dizaines de fraudes et toutes ne faisaient pas l’objet d’une régularisation."

Si ce premier recours ne devait pas aboutir, la commune ne sait pas encore si elle poursuivra les procédures. "Il reste le Conseil d’État. On n’ira probablement pas jusque-là, mais on en discutera. On note qu’ils sont ouverts aux discussions, mais ça arrive après, alors que le service Urbanisme est fait pour ça".