Brabant wallon Déjà complet depuis un an, le centre de Rixensart a dû accueillir 36 personnes supplémentaires.

Depuis le 16 septembre dernier, six tentes militaires sont déployées au sein même du centre Fedasil de Rixensart. Leur but ? Offrir une solution temporaire d’hébergement supplémentaire face à un afflux important de demandeurs d’asile. Le tout alors que le centre rixensartois affiche déjà complet depuis un an. "Cela fait partie des solutions temporaires d’hébergement que Fedasil propose en cas de crise, quand les autres sont épuisées, précise le directeur du centre ouvert de Rixensart, Thierry Pire. On essaie d’abord de pousser les murs pour faire un maximum de place, de prospecter de nouveaux locaux, de trouver des solutions avec d’autres organismes (CPAS, Croix-Rouge), etc. Ici, ce sont les tentes qui sont utilisées, après avoir fait un maximum de place à l’intérieur."

Capable d’accueillir 170 personnes en temps normal, le centre rixensartois a dû mettre cette solution en place pour en héberger 36 de plus, soit 206. "Des familles principalement. On fait tout pour que les plus vulnérables (enfants en bas âge, femmes enceintes, etc.) en sortent très rapidement, et c’est ce qu’il se passe , continue le directeur. Mais comment expliquer à une famille qui arrive chez nous qu’elle devra dormir dans une tente alors que d’autres sont dans un immeuble ? C’est compliqué, mais on met tout en place pour que ça se passe au mieux."

Dans ce sens, des bureaux du centre ont même été déplacés dans ces tentes, et inversement. Avec des locaux administratifs transformés en chambres d’accueil. "On ne peut pas tout transférer malheureusement, il faut pouvoir rester opérationnel, précise Thierry Pire. D’autant plus qu’on sait qu’on fait face à une course de fond et pas à un sprint, il va donc falloir tenir sur la longueur."

Les tentes ne s’apparentent toutefois pas à de simples tentes de campeurs, loin de là. Même si elles induisent inévitablement quelques désagréments. "On les avait déjà depuis la crise migratoire de 2015. Et ce ne sont pas de simples tentes, mais de véritables unités mobiles de la Défense, avec notamment un plancher."

Le problème reste de les chauffer convenablement. "On a des radiateurs électriques, mais il est difficile de maintenir une température moyenne. La pluie, qui fait beaucoup de bruit, mais aussi le froid constituent les principaux problèmes. Sans oublier que si on fait le maximum pour accueillir ces gens, les infrastructures, elles, ne sont pas extensibles. Les sanitaires, douches et services - débordés - sont prévus pour 170 personnes et pas 206 (21 % de plus). Cela induit quelques petites tensions dans les files d’attente, notamment le soir quand le centre se transforme en véritable fourmilière. Mais notre principale préoccupation reste de leur assurer les services essentiels. Tout en espérant que cette situation de crise ne dure pas trop longtemps."

La procédure d’asile prend souvent plus d’un an !

Cette situation de surpopulation ne se déroule pas qu’à Rixensart. Fedasil fait face à un afflux conséquent et constant depuis quelque temps. "Actuellement, on doit pouvoir trouver un hébergement pour 500 personnes supplémentaires tous les mois, précise Benoît Mansy, le porte-parole de Fedasil. Il y a tout simplement plus de personnes qui entrent dans nos centres que de personnes qui en sortent. Alors, parmi nos tâches récurrentes, trouver des places ou locaux supplémentaires figure en tête de liste. Mais c’est loin d’être évident."

Depuis janvier, ce sont pourtant 3 000 places d’accueil qui ont été ajoutées, portant le total à 24 250 places d’accueil en Belgique. Malheureusement, c’est encore loin d’être assez, comme en témoigne la situation à Rixensart notamment.

À la base de ce véritable casse-tête, on retrouve deux grands facteurs. "Comme en 2015, on fait face à une augmentation des demandes d’asile en Belgique, continue Benoît Mansy. Elle n’est pas aussi importante qu’à l’époque, mais elle est bien là. Ensuite, on fait face à des séjours de plus en plus longs. Car la longueur de la procédure de demande d’asile s’allonge. Elle prend désormais souvent plus d’un an."

Un retard administratif notamment induit par un manque de personnel (des coupes budgétaires) à l’Office des étrangers comme au Cera (Centre d’enregistrement pour requérants d’asile). "Ils réengagent du personnel, donc on espère que la situation revienne à la normale à la fin de l’année ou au début de l’an prochain, mais cela reste un souhait. Il ne faut pas oublier qu’engager c’est une chose, mais que ces personnes doivent être formées convenablement, ce qui peut prendre jusqu’à six mois."

À l’heure actuelle, trois autres centres Fedasil ont dû déployer des tentes : un à Beauraing (Namur) ainsi que deux dans la province d’Anvers. Dans l’autre centre brabançon wallon, à Jodoigne, de nouveaux containers préfabriqués devraient arriver.