Victoire pour les riverains et associations environnementales opposées depuis des années au projet de contournement Nord de Wavre. Le Conseil d’État a annulé jeudi le permis d’urbanisme délivré en septembre 2019 par le ministre de l’Aménagement du territoire pour la construction de cette route de 3,5 km entre le zoning Nord de Wavre et la N25 à Doiceau. Plusieurs recours avaient été introduits et c’est finalement celui de la plateforme associative, réunissant entre autres Natagora et l’ASBL Les amis du parc de la Dyle, que le Conseil d’État a analysé en premier.

Dans leur recours, les associations critiquaient notamment le fait que l’étude d’incidences sur l’environnement se limitait au périmètre strict du site Natura 2000, alors que plusieurs milieux naturels, dont l’étang de Gastuche et le marais de Laurensart, seraient impactés par le projet. Citant l’auteur de l’étude lui-même, les associations avaient souligné que le projet aurait perturbé la faune bien au-delà du tracé de la voirie, jusqu’à une distance de 500 mètres. Et de pointer également que l’étude ne recensait pas plusieurs espèces animales protégées, que les associations avaient pourtant relevées. Le Conseil d’État a jugé que le permis d’urbanisme ne répondait pas de manière adéquate à ces arguments.

Pour la plateforme associative, cette décision sonne comme une énorme victoire, après tant d’années de combat. "Cela nous conforte dans notre position plus progressiste qui veut éviter de mettre en œuvre des décisions du passé , se félicite Julien Taymans, président de Natagora Brabant wallon. Cela répond aux objectifs de la dernière déclaration de politique régionale, qui prévoit de jeter les contournements aux oubliettes. On espère maintenant que le gouvernement wallon ne va pas s’acharner et qu'il va proposer d’autres options de mobilité plus respectueuses de l'environnement, comme le réaménagement de la sortie d’autoroute."

Julien Taymans estime que le projet routier avait d'autant moins de sens depuis la crise sanitaire. La généralisation du télétravail montrerait déjà, selon lui, des effets bénéfiques sur la mobilité dans le zoning Nord. "Les façons de travailler évoluent et on n’est plus au tout à la voiture. C’est un projet du passé, les premiers plans remontent à la fin des années '60. À l’heure actuelle, avec 10-15 % de télétravail, il n’y a plus aucuns problèmes de circulation. On vit finalement un test grandeur nature qui démontre que des solutions existent."

"Le travail gigantesque a payé"

Du côté des riverains aussi, l'heure est au soulagement. "C'est extraordinaire, c’est l'aboutissement de 20 ans de combat pour moi, se réjouit Catherine Buhbinder, habitante du quartier du Culot, concerné par le tracé, et membre de la plateforme. J'espère que c'est le signe d'un changement de politique, que l'on s’occupera plus de l’environnement, des gens, au lieu de promouvoir une mobilité excessive. La mobilisation des habitants, des associations et de la population de Wavre, tout ce travail gigantesque et cet enthousiasme populaire ont payé. C’est une victoire collective."

Pour la riveraine, le contournement n'aurait pas amélioré ni apaisé la mobilité à Wavre. "Une nouvelle route appellera toujours les voitures. Le quartier qui souffre de problèmes de mobilité n’aurait pas moins souffert avec cette route. Et puis, cela aurait été un gâchis terrible pour l’environnement et la tranquillité du quartier. On vit au paradis, cette route aurait détruit un patrimoine wavrien."

Quelles suites donnera le gouvernement wallon ?

Maintenant que le contournement ne dispose plus de permis, il reviendra au gouvernement wallon de décider de la suite qu'il veut réserver au dossier. Le ministre wallon de la mobilité, Philippe Henry, a évoqué à plusieurs reprises son souhait de revoir ce projet et de développer un contournement "light" plus adapté aux réalités d'aujourd'hui. Pour rappel, l’objectif initial était de désengorger le centre-ville de Wavre, le zoning Nord et la sortie 5, où les files s'allongent aux heures de pointe. Le coût était estimé à 27 millions d’euros.