Le collège Saint-Étienne des Hayeffes dispose d’une cellule proactive et efficace.

Ils sont actuellement 13, éducateurs et professeurs, formés à la prévention et la gestion des phénomènes de harcèlement. Ensemble, ils ont constitué le collectif Aif et moi ! Au collège Saint-Étienne des Hayeffes, depuis 2016, on a pris à bras-le-corps la problématique ! Comment ? Par une politique de sensibilisation et d’information de l’ensemble des acteurs (personnel, élèves, parents, PMS…) ainsi que par des mesures de prévention et des interventions dans les situations liées au harcèlement.

Une équipe enthousiaste qui se dévoue pour le bien-être des élèves. "Notre rôle, c’est de favoriser les contacts directs dans pas mal de cas. Mais il est nécessaire d’avoir beaucoup d’écoute" , indique Wendy Marchand.

"Pour les élèves, parler, ça soulage souvent, même si on remarque que si cela concerne les relations prof/élève, c’est difficile à gérer", ajoute Alison Liénard.

Car si généralement, le harcèlement se déroule entre les élèves, il arrive occasionnellement que ce soit entre le professeur et un ou plusieurs élèves… Et parfois, il s’agit du professeur qui est harcelé… De quoi inciter le collectif Aif et moi à réfléchir à, pourquoi pas, intégrer à l’avenir certains élèves.

Des élèves qui, pour les plus anciens, sont déjà concernés par des actions de prévention via le parrainage. "Les élèves de première sont accueillis par quelques rhétos et certains prennent leur rôle à cœur ", indique Marie Wouters.

La cellule, qui mise beaucoup sur la prévention avec un très large programme d’action, est par contre unanime. "Le harcèlement passe principalement par les réseaux sociaux et les groupes WhatsApp… Le pire ? TikTok ! Captures d’écran, photos embarrassantes… Clairement, sans les réseaux sociaux, on aurait tellement moins de soucis !"

Marie Kerremans insiste : "Il n’est pas question de juger ou de minimiser les cas constatés ou dénoncés. On remarque aussi que, souvent, le harceleur n’a pas pleine conscience de ce qu’il fait et des conséquences de cela… On a droit à.. "Je ne savais pas, c’était pour rire…" Et souvent, le harcelé en rigole, c’est vrai, mais pour ne pas montrer que cela le touche…"

Aux Hayeffes, de nombreux cas sont résolus par le dialogue, mais on ne crie pas victoire pour autant : "Le plus perturbant est qu’il y a plein de jeunes qui ne vont pas bien et qu’on ne le sait pas…"

L'accent est porté sur la prévention

Les élèves sont avertis dès le départ. Le harcèlement est punissable par la loi !

À raison de deux fois par an, pour chaque classe du collège Saint-Étienne des Hayeffes, Aif et Moi propose, durant un cours de 50 minutes, une séance de prévention. "On mène des actions dans toutes les classes, confirme Alison Liénard. Cela permet de présenter le collectif et d’apprendre à se connaître et surtout, montrer qu’on est là ! Des vidéos sont montrées dont le témoignage d’une ancienne victime. Les élèves peuvent voir les conséquences sur sa vie, des années plus tard ! Et on se rend compte que cela touche !"

Cette année, l’accent est porté sur les témoins. "S’ils ne disent rien, ce sont aussi quelque part des harceleurs… On leur explique. Le plus compliqué est qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas des balances en expliquant les faits. Ils ont pourtant peur que d’autres jeunes leur tombent dessus… La peur des représailles est le plus gros souci dans nos actions. Mais nous réalisons un maximum de prévention pour limiter les interventions."

Pour la cellule composée de 13 personnes, la problématique est de se retrouver tous ensemble pour discuter. "Rien n’est prévu durant le cursus scolaire , indique Marie Kerremans . Donc, ce que l’on fait, c’est en dehors des heures. Il y a aussi le problème du renouvellement des membres qui quittent…"

Composée d’éducateurs et de professeurs, la cellule compte trois hommes pour dix femmes. Vu leur incapacité à réagir généralement sur-le-champ, le volet intervention est plus souvent assumé par les éducateurs.

Différentes options sont possibles pour les élèves qui souhaitent s’exprimer face à du harcèlement. "On a nos photos et nos noms sur des affiches, dans les couloirs. Ils peuvent donc venir nous trouver en fonction de leurs affinités. On a également une boîte aux lettres où ils peuvent déposer un courrier ou alors, cela peut se faire via un mail…"

Généralement, tout se règle par le dialogue. "On établit toujours un premier contact puis, dans un second temps, on se voit avec un "ami", on propose de trouver une solution. Une troisième rencontre est mise sur pied en vue de voir si les élèves tiennent leurs engagements. C’est en fait la méthode No Blame. Mais certaines fois, cela dépasse nos compétences… Et si cela ne fonctionne pas, on sort alors de la cellule. Contact est alors pris avec le préfet et, si nécessaire, avec la police. Mais il est important de souligner que le but n’est pas d’étouffer l’information ! Dès le départ, on indique que la police peut également être avisée s’ils l’estiment nécessaire !"

À noter également que, lors des séances de prévention, Aif et moi tient un discours clair avec une information assez frontale de ce qui peut arriver s’ils franchissent le pas ! "Le harcèlement est punissable par la loi, on ne tourne pas autour du pot !"

"Venir à Aif et Moi, c’est la gêne pour eux…"

Si la cellule ne comporte aucun élève actuellement, "Aif et Moi !" peut s’appuyer sur l’aide de quelques élèves de rhéto, dont Simon, bientôt 18 ans. "Je suis parrain d’une classe de première où on recense quelques soucis. Essentiellement des disputes voire des insultes sur des groupes comme WhatsApp. Je ne peux pas dire que j’ai bien vécu mes interventions dans la classe, car ce n’est pas toujours évident. Mais je suis écouté même si, parfois, le lendemain, cela repart de plus belle… C’est dommage, ces gamineries qui peuvent dégénérer… J’ai parfois du mal à les comprendre mais les jeunes me font confiance. Cette cellule est en tout cas bien utile. Tout le monde sait qu’elle existe et certains sont bien contents de l’avoir ! Je sais par contre que certains élèves préfèrent aller ailleurs qu’à l’école pour leur souci. Venir à Aif et Moi, c’est la gêne pour eux… Ils apparaissent vulnérables à leurs yeux. Mais il faut voir le côté positif !"

Saul