Brabant wallon

La majorité libérale a conservé son 16e siège pour une poignée de voix

C'est l'histoire d'une majorité qui vacille dans la cité du Maca. D'une panne de courant, de quelques assesseurs au bout du rouleau en fin de soirée et du rappel de personnel communal pour recompter les voix à Wavre. C'est l'histoire peu banale d'une soirée d'élections où quelques voix seulement font naître la suspicion. Que s'est-il donc passé à Wavre, où la majorité emmenée par la bourgmestre Françoise Pigeolet (MR) l'a emporté de justesse, à 4h du matin ? A quelques voix près…

Une salle surchauffée et c'est la panne...

On est en fin de journée. Dans la salle surchauffée du hall du centre sportif à Wavre, les assesseurs et les présidents ne sont manifestement pas les seuls à souffrir : quelques PC lâchent. Panne de courant. Deux clés USB sur lesquelles tout avait été encodé sont "perdues". « Cela a suscité, comment dire, une certaine déception dans le chef de certains assesseurs, qui ont vu leur travail d'encodage perdu », raconte diplomatiquement Françoise Pigeolet, nouvelle bourgmestre en titre.

Pour le dire plus « crûment », certains ne se voyaient pas recommencer depuis le départ le recomptage des voix, avant l'envoi officiel des données. Cris, larmes, ... "C'était le foutoir, certains voulaient se barrer en hurlant, ce que le policier de faction a refusé. Jamais vu ça", raconte un témoin. Et c'est là que la polémique se fait jour : du personnel communal est appelé en renfort pour recompter ces fameuses voix. Une réquisition qui suscite des remous sur les réseaux, vu que cela s'est joué à quelques voix... « En réalité, il y a eu un problème dans 4 bureaux de vote, mais les résultats ont pu être sauvegardés pour deux d'entre eux. C'est pour les deux autres qu'il a fallu tout recommencer », poursuit la juge de paix Marie Blondiau, présidente du district de Wavre. « Mon collègue Bernard Schretter a pris la décision formelle de réquisitionner du personnel communal, et c'est moi qui, ayant terminé le travail pour les provinciales (à 21h30, NDLR) a ramené un peu de monde pour boucler le travail des communales », explique la juge.

Une explication que le juge Bernard Schretter confirme. "La situation était intenable. Certains avaient fait beaucoup d'efforts. A 22h00, certains étaient allés jusqu'au bout de leurs forces et ne voulaient pas rester pour recompter les voix. Normalement, on doit rester jusqu'à la fin du dépouillement mais j'ai effectivement pris cette décision de nécessité de libérer des assesseurs et présidents vu la fatigue et l'atmosphère un peu lourde qui régnaient. Et le personnel communal, sous notre contrôle et celui des témoins de partis, s'est dévoué jusqu'au bout", explique le juge de paix. « On méconnaît ou sous-estime le travail du personnel communal, qui ne se limite pas à ce qu'on voit dans les JT le jour des élections. Il y a beaucoup de travail en amont, pour la préparation des urnes, la logistique, l'envoi des convocations et, c'est vrai, la réquisition en cas de problème sur ordre du juge de paix », poursuit la juge.

Une majorité à 6 voix près...

Tout de même, quelques voix, on peut comprendre qu'il y ait quelques interrogations… « Oui, je peux le comprendre. C'est vrai que ça s'est joué à quelques voix, mais il y a eu pire, à Jodoigne, lors de la précédente élection, Jean-Paul Wahl (MR) était à égalité de voix avec son principal concurrent… », poursuit Marie Blondiau. 

Cela dit, ne pouvait-il pas y avoir tricherie ? « Non, c'est impossible. Il faut expliquer que les résultats sont encodés deux fois, dans deux ordinateurs différents, par deux équipes de deux personnes. Il faut que résultats coïncident pour que l'envoi au ministère (de l'intérieur, NDLR) puisse se réaliser. Je trouve d'ailleurs un peu fou qu'il n'y ait pas eu de système de back-up pour sauvegarder les données encodées », poursuit la juge de paix.

Et de toute façon, un rapport écrit est rendu via les présidents de bureau avant encodage. Circulez, il n'y a rien à voir, en somme. D'autant plus que des témoins de partis étaient présents, jusqu'à la fin. Défi, CH+, MR et Ecolo. « Il n'a pas pu y avoir manipulation », concluent les juges Marie Blondiau et Bernard Schretter. Case closed.

Ce qui est moins le cas de la formation de la majorité à Wavre, ville de résidence de Charles Michel. Quelque 16 sièges sur 31, c'est un peu juste pour la liste du Bourgmestre emmenée par Françoise Pigeolet. La majorité absolue des libéraux s’est jouée à six voix près. C'est au dernier bureau, lors de l'encodage des derniers votes, que la majorité actuelle l'a emporté. Si CH + (CDH) avait obtenu six voix de plus, la liste emmenée par Benoît Thoreau aurait glané le siège qui aurait fait empêcher le MR de rempiler pour une énième majorité absolue. En 2006, 65 % des voix, 55 % en 2012 et moins de 41 % en 2018… « L'ouverture était nécessaire, vu que cela s'est joué à quelques voix, et Françoise Piegolet, qui s'est montrée très digne, l'a bien compris », explique Benoit Thoreau, qui confirme par ailleurs les faits de cette soirée mouvementée…

Bref, l'ouverture, avec qui ? Ecolo, qui a vu son nombre de sièges doubler de 4 à 8 ? Ou avec Défi ou le CDH (2 sièges chacun) ? « Des entretiens sont prévus aujourd'hui, demain et après-demain avec les autres formations politiques. Il n'y a aucune urgence... », embraie la bourgmestre Françoise Pigeolet. "Ce qui est certain, enchaîne Christophe Lejeune (Ecolo), c'est que l'on comprendrait mal, c'est que la future coalition soit une coalition de perdants, puisque CH+ et MR ont perdu des voix au cours de cette élection. De notre côté, on va se montrer exigeants sur les priorités pour la ville de Wavre mais on trouverait normal d'être associé au futur de notre commune, vu le doublement de notre score."